Médecins de la Grande Guerre

Le 22 août 1914 marqua les destins de deux jeunes officiers: Erwin Rommel et Germain Foch

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Le 22 août 1914 marqua les destins de deux jeunes officiers : Erwin Rommel et Germain Foch

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Plan d'un combat pour un village

Plan de combat

Le Maréchal Foch

La piété du Maréchal Foch

Germain Foch et des frères d'armes sont enterrés en fosse commune ici à Gorcy.

Tombés sur le champ de batailles

Monument et pelouse d'Honneur

Germain Foch (fils du maréchal). Photo prise alors qu'il etait sergent aux manoeuvres de 1913.

Erwin Rommel en 1913.

Le témoignage des paroissiens de Notre Dame de Cassel. (Photo Francis De Look)

Superbe médaillon fixé à une colonne dans l'église Notre Dame de Cassel. (Photo Francis De Look)

Objets personnels du Maréchal Foch.

Le Maréchal Foch et son Etat-Major à Cassel.

Le Maréchal Foch et sa famille.

Tombeau du Maréchal Foch à l’hôtel des Invalides à Paris

Oui, c'est bien le célèbre Rommel, surnommé plus tard le renard du désert dont il s'agit ici. En revanche, il ne s'agit pas, vous l'aurez déjà sans doute compris, du Général Foch mais de son fils Germain Foch dont il sera question... Erwin Rommel et Germain Foch,  tous deux jeunes sous-lieutenants,  se retrouvèrent  lors des tous premiers combats de la grande guerre sur le même front en Gaume, quasi face à face! Chacun des deux officiers  porte un nom qui deviendra célébre...Les destins très différents de ces deux jeunes hommes se rejoigneront finalement dans la mort : l'un périt jeune, l'autre dans sa pleine maturité...mais tous  deux périrent de par cette violence haineuse qui divisa l'Europe si cruellement tout au long de la première moitié du XXème siècle!   


La piété du Maréchal Foch

Le 22 août 1914 éclate la "bataille des frontières ", les armées  françaises et allemandes rentrent en contact brutalement l'une avec l'autre sur un front qui s'étend de Longwy à Charleroi . Chacun des adversaires a  sous-estimé la force de l' ennemi, les combats sont extrêmement durs et en quelques heures des milliers de soldats tomberont. Vraisemblablement entre entre vingt et trente mille Français perdront la vie de par ces combats. Quant aux Allemands ils durent sans doute compter une dizaine de milliers de tués. Jamais nous ne connaîtront les chiffres exacts des victimes dans les deux camps: le nombre de blessés français évacués vers l'arrière mais  qui mourront de leurs blessures, faute de soins adéquats, ne nous sont pas connus; quant aux soldats allemands, les cimetières militaires où ils furent enterrés en Belgique  ne reflètent qu'une partie de leurs pertes: beaucoup de corps  furent en effet  incinérés pour tromper l'opinion publique.  Qu'aurait en effet  pensé la population allemande devant d'immenses convois de cercueils et cela dès le début  d'une guerre qu'on leur avait promise courte et facile? Les Français turent aussi longtemps  les pertes tout simplement monstrueuses d'une seule journée de combat! Ne fallait-il pas à tout prix  éviter que la retraite ne se transforme  tout simplement en un véritable mouvement de panique ...

Erwin Rommel


Erwin Rommel en 1913.

Mais revenons à nos deux sous-lieutenants. D'abord à Erwin Rommel  qui racontera plus tard  lui-même par écrit ses combats de la Grande Guerre(1). Le jeune officier franchit le 18 août la frontière germano-luxembourgeoise avec son régiment le 124ème d'infanterie, portant le nom de "Roi Guillaume Premier". Rommel  commande une section de la 7ème compagnie. Le 20 août, il se trouve en Belgique à Meix-le-Tige. Deux jours plus tard, le 22, à cinq heures du matin,  sa section est établie aux avants-postes de l 'armée sur la cote 325 à 2 km au nord-est d'un petit village Gaumais nommé Bleid. C'est aussitôt la rencontre avec l'ennemi. Dans le brouillard, des Français lancent des salves. Rommel et sa section suit alors l'ennemi grâce aux  traces que celui-ci laisse dans les champs de choux et qui finalement aboutissent aux abords du village, juste devant les murs d' une ferme. La section est mise à l'abri par  Rommel qui ensuite  entreprend avec trois soldats  une reconnaissance. Le côté est de la ferme est longé  pour atteindre  la route qui mène à Mussy-la-ville. Surprise: au  bord de la route, se trouvent  20 Français buvant le café, l'armenégligemment posée qui ne les ont pas vu venir. Rommel aussitôt réflêchit: que doit-il entreprendre? Ne faudrait-il pas mieux aller chercher en renfort  toute sa section?  Rommel  prend ici sa première  décision de chef de guerre : il convient d'attaquer immédiatement. Les quatre militaires allemands  tirent de concert  au commandement.Ce sont les premiers tirs réels qu'ils effectuent...Une partie des Français s'écroule au sol, la majeure partie d'entre-eux se disperse et va s'abriter derrière les escaliers des maisons proches. Rommel est quant à lui abrité derrière un tas de bois. Devant lui, à 20 mètres  se trouve un adversaire abrité derrière un escalier.. Un combat singulier s'engage. Les ennemis tirent en même temps et se manquent. Rommel est le plus rapide à recharcher son arme. Il tire à nouveau  et voit la tête de son adversaire heurter lourdement l'escalier. Il donne ensuite  à sa section l'ordre de mener l'assaut aux  dix  survivants français. Mais à peine les quatre Allemands dans la rue, un feu nourri les accueille: à toutes les fenêtres et à toutes les portes se trouvent l'ennemi. Devant cette supériorité numérique insoupçonnée, Rommel donne l'ordre de retraite. Ils rejoignent le reste de la section caché dans la haie de la ferme. A nouveau le jeune officier est confronté aux mesures à prendre ...La ferme est occupée par les français doit-il l'attaquer maintenant ou attendre les renforts de sa compagnie? L'intrépide  Rommel décide l'attaque immédiate..Il conçoit un plan : pendant qu'une demi-section tire sur les fenêtres, l'autre demi-section prendra d'assaut la ferme. Le tir est déclenché, la demi-section d'assaut enfonce la porte de la grange et puis y met le feu. Une douzaine de  Français s'enfuient...Rommel les aperçoit, avec deux de ses hommes, il les met hors de combat puis avec toute sa section, il abandonne  la ferme et prend la route de Gévimont  dan sle but de  prendre d'assaut le reste du village. En chemin, sur les bas de côtés de la route, ils découvrent des Français cachés dans les buissons. Le combat ne s'engage pas: on parlemente et finalement c'est plus de 50 soldats français qui se rendent à Rommel. Le sous-lieutenant et ses hommes  atteignent le bois du Mat ...Mais là, s'en est de trop pour Rommel qui  perd connaissance et s'écroule...Quand il se réveille c'est pour apprendre de ces hommes que la situation de son régiment est critique: l'artillerie française a fait de nombreuses victimes: plus du quart des officiers et plus de 1/7 des soldats de son régiment sont morts ou blessés. Le rassemblement est sonné, le régiment se remet en route vers le village de Goméry. Bientôt la troupe retrouve confiance: on annonce  que l'ennemi se replie. La victoire est cependant amère: Rommel a perdu dans la bataille deux de ses meilleurs amis. A la nuit tombante, la troupe atteint le village de Ruette et les hommes qui ont vécu leur premier combat s'écroulent ,épuisés, sur le sol d'un champ...

La carrière militaire  de Rommel prit manifestement son envol le 22 août..Ce jour là, le jeune chef    prit conscience de sa valeur au combat: en quelques heures, il put en effet anéantir une section française, conquérir une ferme et faire prisonnier plus de 50 soldats ennemis...Le 24 septembre 1914  après plus d'un mois de combat, il fut blessé en Argonne. Début janvier 1915, il revient au front et participera à toutes les grandes attaques allemandes de l'Argonne. En septembre 15, il est nommé lieutenant et est affecté à la formation des troupes de montagne. Avec ces dernières, il va guerroyer d'Alsace en Italie où ses faits de guerre lui valeront la Croix "Pour le Mérite", la plus haute distinction décernée dans l'armée allemande.

On connaît la valeur d'un officier comme Rommel. Son fils écrira à propos de son père: "toutes les vertus secondaires comme le courage, la discipline, la fidélité, l'endurance n'ont un effet positif qu'aussi longtemps qu'elles servent une cause positive. Si une cause positive devient négative, les vertus secondaires deviennent problématiques. Pendant le règne d'Hitler, les soldats allemands ont dû en faire l'amère expérience".         

Au bout du compte, les qualités de Rommel se servirent à rien: l'officier au service d'une mauvaise cause ( la guerre est toujours une mauvaise cause lorsque l'on en prend l'initiative et lorsqu'elle est menée dans le but de garder ou d'accroître une  hégémonie au profil d'un  groupe humain ) est toujours perdant...Rommel  eut le courage d' être partisan d'une capitulation de l'Allemagne après le débarquement de Normandie pour éviter la mort de millliers de jeunes allemands pour une cause qu'il savait maintenant perdue d'avance. Le 17 juin 1944, Rommel fut grièvement blessé lors d'une attaque aérienne britannique. Le 20 juin, le comte de Stauffenberg fit une tentative pour éliminer Hitler. Hitler découvrit que Rommel avait aussi eu l'intention de se retourner contre lui. Le 14 octobre 44, soit juste quarante ans après ses premiers coups de feu, deux généraux, mandatés par Hitler transmirent l'ordre à Rommel de s'empoisonner en échange de ne pas livrer sa famille dans un camp de concentration et de ne pas enquêter sur ses officiers d'etat-major. Rommel demanda la permission de prendre congé en dix minutes de sa famille et cela lui fut accordé.     

Rommel après son premier combat  survécut quarante années. Le jeune aspirant  français Germain  Foch n'eut pas cette chance. 

Germain Foch

Le 22 août 1914, à seulement 7 km de la ferme attaquée par Rommel, il fut mortellement blessé en attaquant le village de Baranzy tenu par les troupes Allemandes. Germain Foch fait partie du 131ème R.I. français. Le 22 août, le régiment (comprenant trois bataillons) occupe des positions à Signeulx et à la lisière ouest de Baranzy. L'objectif est de prendre d'assaut Mussy et Baranzy. A 5 heures du matin, le 2ème et 3ème bataillon montent à la charge. A sept heures du matin, le 1er bataillon mis en réserve doit déjà porter secours aux deux autres bataillons. Les attaques françaises sont vaines, les pertes terribles sous les feux de l'artillerie et des mitrailleuses allemandes. A 10 heures du matin, Signeulx est abandonné par les français, le régiment n'a plus que 500 hommes valides. Quand sonne l'heure de la retraite des milliers de corps jonchent le sol...Au cimetière militaire de Baranzy reposent les corps de 1395 soldats français. Pas loin de là, immédiatement derrière la frontière belgo-française se trouvent dans le cimetière militaire  de Gorcy les sépultures de 2.000 fantassins et artilleurs français réparties entre quelques tombes individuelles et une très importante fosse commune. Dans cette dernière repose l' aspirant  Germain Foch! Quel nom difficile à porter que celui-là! Germain était fils de général. Il est cependant  mort trop bien trop tôt pour voir son père être considéré comme un héros et comme le véritable vainqueur de la Grande Guerre...Et puis aussi quel drôle de  prénom que  ce "Germain" - ne trouvez-vous pas?- quand on fait la guerre aux Allemands! 



Germain Foch (fils du maréchal). Photo prise alors qu'il etait sergent aux manoeuvres de 1913.


Dans quels circonstances l'aspirant Germain périt-il ce jour du 22 août 1914?  En fait nous n'en savons trop rien car nous n'avons retrouvé aucun témoignage de sa mort...C'est étrange pour un fils de général! Le général Foch a pourtant bien dû essayer d'en savoir plus en essayant de recueillir les récits des amis de son fils ou de l'officier qui le commandait  mais curieusement on n'en trouve nulle part trace...Alors, avis au lecteur: si vous en connaissez plus complétez mon enquête!! Quoiqu'il en soit on peut tenter d' imaginer son premier et dernier combat. Vraisemblablement, comme beaucoup des soldats français morts à la bataille des frontières, ce fut une balle de mitrailleuse ou de fusil  qui l' arrêta sans même qu'il ait pu  apercevoir l'ennemi à qui il donnait la charge!  Le lieutenant-colonel du Chaylard qui commande le 3ème bataillon du 113ème RI écrira "L'attaque que nous menions était folie"...Le lecteur trouvera ci-dessous  les dernière lignes qu'écrivit ce chef de bataillon  avant d'être évacué blessé au presbytère de Signeulx (2). Peut-être Germain Foch se trouva-t-il aussi dans l'entourage immédiat du soldat Francis Peraud? Ce soldat, faisant partie du même bataillon que Germain Foch,  a laissé le témoignage de son combat à Baranzy en  racontant à la fin de sa vie au Dr Destemberg  comment lui même et sa compagnie furent mis hors combat par les mitrailleuses devant Baranzy (3).

Germain Foch fut vraisemblablement d'abord blessé et évacué vers l'arrière car il fut d'abord enterré à Ville-Houdlémon où se trouvait la base arrière de sa brigade. Par après, les Allemands  regroupèrent  les tombes et fosses communes dans quelques cimetières militaires. C'est ainsi que  Germain Foch rejoignit le cimetière de Gorcy.

Il est difficile de dire comment le général Foch vécut l'annonce de la mort de son fils. Avec la position qu'il occupait, il devait certainement refouler bon nombre de sentiments! Voici à ce propos ce que nous livre le chanoine F.Gaquere qui écrivit la "Vie populaire du Maréchal Foch"( deuxième édition, 1955, oeuvres missionnaires, 25 rue de la Paix, Arras)

Au début de la guerre et par une coïncidence tragique le même jour, 22 août 1914, son fils, l'aspirant Germain foch et son gendre le capitaine Bécourt, étaient tués à quelques kilomètres l'un d el'autre, le premier à ville-Houdlement, le secon à Mercy-le -Haut en Meurthe-et-Moselle. C'est devant son étét-major qu'on lui annonça la mort de son fils et de son gendre. Le général Foch, frappé aussi douloureusement, baissa la tête. 


Le Maréchal Foch

- Tout de même, murmura-t-il, le bon Dieu...

Puis il se redressa, se raidit, fit un grand signe de croix. 

- Allons, là, voilà; c'est fini.     

Les hommes qui ont ces paroles et ces gestes-là ne sont pas des hommes comme les autres. Avec une grandeur d'âme digne de l'antique, le malheureux père s'oublia lui-même pour ne songer qu'à la douleur de sa famille et à son pays. Peut-on concevoir rien de plus sublime que la lettre suivante écrite de Châlons, le 20 septembre 1914, au lendemain de sa première victoire des marais de Saint-Gond au général Millet:

Lettre du général Foch au général Millet

Mon Général,

Je reçois aujourd'hui 20 septembre, votre lettre du 28 août. Elle augmente mes remords de ne pas vous avoir écrit plus tôt...Mais, mais ...il y a eu fort à faire. J'ai pris le 29 août le commandement d'un détachement d'armée, deux corps, une division de cavalerie, deux divisions de réserve en retraite, c'est à dire en débâcle. Je l'ai mené presqu'à l'Aube, en retraite, puis à partir du 6, en avant, à Fère- champenoise. Là grande bataille de cinq jours, avec des troupes encore peu remontées au moral. Que d'heures angoissantes! Enfin nous voilà vainqueurs; on me couvre de compliments, mais surtout le moral de mes troupes est remonté. Elles ne doutent plus de rien. Que c'est beau la victoire, à ce point de vue de la confiance! Sitôt passés la Marne, nopus sommes arrêtés par une ligne de fortifications de premier ordre. Je n'ai pas de grosse artillerie, je suis bouclé. Après-demain matin, j'en aurai, et je donnerai alors une forte secousse. Entretemps je suis passé à cinq Corps d'armée, deux divisions de cavalerie, deux de réserve. Mes affaires de famille sont lamentables: Bécourt(son gendre) et mon fils tués le 22 août près de Juppécourt à la frontière belge. Je l'apprends le 13 septembre, informe discrètement ma femme toujours à Ploujean (Finistère). On devait tout y ignorer, et maintenant je tremble en pensant au désarroi qui doit y régner, et à la désolation de mes pauvres femmes. 

Moi-même, je me suis raidis sur ce chapitre pour ne pas manquer à mon devoir, mais non sans peine. Les cruels sacrifices que nous faisons ne doivent pas rester stériles. Je travaille au résultat de toute l'énergie dont je suis capable, absolument plein de confiance en l'issue de la lutte, avec l'aide de Dieu. Adieu, mon général, dans votre tristesse croyez encore plus à mon profond et bien attaché respect. 

F.Foch

Après la guerre, rapporte le P. Doncoeur dans les Etudes, Foch fit un jour, le pèlerinage sacré. A Gorcy, dort dans un champ, avec 189 camarades, l'aspirant Germain foch. Foch n'avait jamais permis qu'on ouvrît la grande fosse faite par les Allemands. C'est au pied  de l'unique croix qui porte les 190 noms que Foch s'agenouilla. Quand il se releva après une longue prière, ce fut pour achever son pèlerinage. Il se fit conduire à Domremy, et là, seul avec le capitaine Lhôpital, son aide de camp, Foch communia. Il revenait, plus de 25 ans après son inoubliable voyage d'état-major en 1894, apporter à Jeanne, au Dieu de Jeanne, l'hommage de sa victoire à lui, née de la même énergie. Il restait au maréchal foch un second gendre, le colonel Fournier, chevalier de la légion d'honneur, quatre citations, dont le public se demandait pourquoi il n'assistait pas aux funérailles du maréchal le 26 mars 29. Les journaux du 10 avril, quelques jours plus tard, annoncèrent qu'après avoir été retenu de longs mois dans un sanatorium du Cantal, et voulant revoir ses enfant sà Paris, il venait de mourir dans le train qui le ramenait, entre les bras de la maréchale Foch et de madame Bécourt. Cruelle épine de plus à la couronne de douleurs des nobles et courageuses femmes.

Conclusions:

Le général Foch remporta  le combat  des marais de Saint Gond le 10 septembre 1914. Grâce à ce fait d'armes, la bataille de la  Marne se transforma  en victoire et mit ainsi fin à la retraite.Foch ne fut averti de la mort de son fils et de son gendre que le 13 septembre..Le sort de la bataille aurait-il été le même si Foch avait été averti de ces nouvelles funestes plus tôt? 

Nulle part je n'ai retrouvé de photo de l'aspirant Germain Foch. J'aurais pourtant voulu vous montrer son visage, il est un de ses millions d'hommes qui ne tirèrent aucune gloire de la guerre...Seul un nom sur une fosse commune nous rappelle que  son existence fut  éphémère et soumise à un sort injuste...A côté de lui, quelques officiers ennemis ou amis connurent des carrières militaires exceptionnelles et devinrent aux yeux du peuple de véritables héros... 

Nous devons bien reconnaître que s'il faut certaines qualités pour devenir un grand chef, il faut aussi bénéficier  de circonstances favorables incroyablement  nombreuses...Les  personnalités de valeur le savent: la gloire est éphémère...Elle n'en vaut pas la peine et se battre pour elle n'est pas le bon combat...La chance favorise certains hommes. Le plus beau combat reste pour l'humanité de s'opposer à cette inégalité qui fait partie intégrale de la vie mais qui n'en est pas moins aléatoire et donc injuste : se battre pour que le sort des hommes dépendent moins du hasard, c'est là un combat de titan mais c'est  le seul qui  nous élève. La seule guerre à mener est  celle destinée à vaincre   l'ignorance, les maladies, les détresses sociales, le sous-développement et  l'exploitation arbitraire de nos ressources naturelles .. Si ces batailles ne s'engagent pas vraiment parce que nous sous-estimons l'ennemi ou parce  qu'elles n'obtiennent pas le financement nécessaire, il y a beaucoup à parier que  l'homme méritera les sorts injustes que "la nature"et qu'une partie de notre nature ( notamment notre penchant à la domination)  nous réserveront.          

Dr Loodts P.

(1) Rommel raconte ses combats du 22 août 

"L'infanterie attaque", Erwin Rommel, Traduction, présentation et notes de Philippe Lunard, Philippe Lunard 1998, ISBN 2-9513384-0-6, Imprimerie Paquez et fils, 37 rue Kellermann, 51000, Châlons-en-Champagne

"Je reçois l'ordre de mon commandant de compagnie de me diriger, en liaison avec le 1er bataillon, vers l'issue sud-est du village de Bleid avec ma section déployée. Je laisse mon cheval à Hänle, échange mon browning contre sa baïonnette et déploie ma section en avançant. En ligne de tirailleurs espacés. Nous progressons à travers des champs de pommes de terre et de choux sur la pente de la cote 325 en direction de Bleid. D'épaisses nappes de brouillard flottent sur les champs, elles luttent avec le soleil qui monte. La visibilité est d'environ 50 à 80 mètres. Soudain nous recevons une salve, tirée à très courte distance. Nous nous couchons sur le sol, nous sommes bien camouflés par les fânes de pommes de terre. Les salves suivantes sont nettement au-dessus de nous .C'est en vain que je cherche à la jumelle l'ennemi qui doit être proche. Et comme il ne peut être très loin, je me porte à l'assaut avec ma section. Mais les français s'enfuient avant que nous n'ayons pu les voir, laissant des traces visibles dans les champs de chou. nous les suivons en direction de Bleid. Dans la précipitation due au combat nous perdons notre liaison avec la gauche.

A plusieurs reprises ma section reçoit à nouveau des coups de feu dans le brouillard. Dès que nous nous lançons à l'assaut, l'adversaire se replie précipitamment. En conséquence nous parcourons encore 800 mètres sans être gênés par l'adversaire. Surgissant à présent du brouillard, devant nous se dressent une clôture et une grande haie, en arrière et à droite se dessinent les contours d'une ferme; tandis que devant nous à gauche, un groupe de grands arbres devient visible. Les traces de pas de l'ennemi que nous avons suivies, vont vers la droite en remontant la pente. Sommes-nous déjà devant Bleid? Je fais metttre la section à couvert derrière la haie et envoie une patrouille pour rétablir la liaison avec mon voisin de gauche et avec ma propre compagnie. La section ne déplore encore aucune perte.Pour reconnaître la ferme devant nous, je m'y dirige avec le sergent Ostertag et deux télémétreurs. De l'ennemi on ne voit ni n'entend quoi que ce soit. Nous atteignons le côté est de la ferme. Un étroit chemin de terre descend ici vers la gauche sur une route. De l'autre côté une deuxième ferme apparaît dans le brouillard. Sans aucun doute nous sommes à la sortie de Bleid en direction de Mussy-la-ville. Prudemment nous nous approchons de la route. J'observe, posté au coin de la ferme. Là!, à peine à 20 pas à droite au milieu de la route se trouvent 15 à 20 français qui boivent le café, discutent le fusil négligemment posé sur le bras. Ils ne me voient pas!(i)

Je me mets à nouveau à couvert derrière le bâtiment. Dois-je faire amener la section? Non! nous pouvons sans doute remplir cettee tâche à quatre. Rapidement j'explique à mes compagnons l'attaque que je projette. Nous amenons nos fusils sans bruit, nous nous précipitons au coin de la ferme et tirons à bras francs sur l'ennemi tout proche. Une partie des adversaires, morts ou blessés, reste sur place. Le plus grand nombre se disperse, s'abrite derrière les escaliers des maisons proches, les murs des jardins, les tas de bois et ouvre le feu à son tour. C'est ainsi que se déclenche à une distance très rapprochée une fusillade très violente. L'arme en joue, je suis derrière un tas de bois. Mon adversaire est à vingt mètres de moi, bien abrité dans l'escalier d'une maison. Nous visons, tirons presqu'en même temps et ...nous manquons tous les deux. La balle de mon adversaire passe en sifflant à un cheveu de mon oreille. Bon il s'agit à présent de recharger rapidement, de viser clamement et vite et de la faire convenablement. A 20 mètres de distance, ce n'est pas facile avec la hausse de 400 mètres (ii), car nous ne nous y sommes jamais entraînés en temps de paix. mon coup de feu claque. La tête de mon adversaire heurte lordement l'escalier lors de sa chute. Environ dix français nous font encore face à présent. Quelques uns se sont mis complètement à couvert. Je donne à mes compagnons le signal de l'attaque. En poussant des hourras nous nous précipitons alors dans la rue du village. A cet instant aaparaissent à toutes les fenêtres et à toutes les portes des Français qui ouvrent le feu. Devant cette supériorité numérique, il n'y a rien à faire. Nous nous replions rapidement et, sans être blessés, nous arrivons tous les quatre à la haie , où la section s'apprêtre à venir en hâte à notre aide. Ce n'est plus nécessaire. Je remets la section à couvert. Nous remarquons que depuis la ferme d'en face nous arrive un feu très nourri dans le brouillard. Des balles sifflent haut au-dessus de nous. A la jumelle, je m'aperçois - il y a à peine 60 mètres- que l'adversaire tire non seulement du premier étage de la ferme,mais aussi du toit. Il y a là-bas une foule de canons de fusils qui ont été glissés sous les tuiles. De cette façon il est impossible à l'ennemi d'utiliser le point de mire pour viser. Il n'est donc pas surprenant qu son tire passe si haut au-dessus de nous. Dois-je attendre d'avoir la liaison avec les autres où me lmancer immédiatement avec ma section à l'assaut de l'entrée de Bleid .Cette dernière solution me paraît plus juste. L'ennemi le plus fort se trouve, de l'autre côté de la rue . C'est donc cette ferme qu'il nous faut d'abord prendre. Mon plan d'attaque est le suivant; avec la seuxième demi-section ouvrir le feu sur l'ennemi du premier étage et du toit, avec la première section prendre d'assaut la ferme en la  contournant par la droite. Rapidement je fais prendre par le groupe d'assaut des poutres qui gisent çà et là sur le sol. Elles seront bien utiles pour enfoncer les portes et les portails. De plus nous prenons des bouchons de paille qui devront servir à enfumer les cachettes. Entre temps derrière la haie, la deuxième demi-section est prête à ouvrir le feu, le groupe d'assaut, complètement abrité, a terminé ses préparatifs. On peut y aller. A mon signal la demi-section ouvre le feu. Avec la 1ère demi-section, je m'élance à l'assaut parla droite en traversant la route- par le même chemin que j'ai suivi quelques minutes auparavant avec mon petit groupe. L'ennemi situé au premier étage et dans le grenier déclenche un feu nourri, principalement sur la demi-section à la haie. Les occupants de la ferme ne peuvent toucher par leur tir le groupe d'assaut qui vient d'atteindre le mur protecteur de la maison. Les portes volent en éclats sous les coups puissants des mousquetaires. Un battant de la porte de la grange saute hors de ses gonds. On jette des bouchons de paille enflammés dans l'aire remplie de céréales et de fourrage. La ferme est encerclée. Celui qui veut sortir bondira sur nos baïonnettes. Bientôt des flammes claires s'échappent du toit. Les ennemis survivants mettent bas les armes. Nos propres pertes se limitent à quelques blessés légers.

Alors nous poursuivons l'assaut de ferme en ferme. La 2ème demi-section nous rejoint. Là nous serrons l'adversaire de près, il se rend tout de suite la plupart du temps ou bien il se cache dans les moindres srecoins des bâtiments. Mais là aussi les mousquetaires débusquent l'ennemi et, avec la plus grande intrépidité, font sortir les français de leur cachette, les uns après les autres. D'autres troupes du  IIème bataillon, mêlées à des groupes du Ièr bataillon, pénètrent à présent dans la localité qui en de nombreux endroits est en flammes. On tire de tous les côtés, les pertes se multiplient. Du flanc gauche-la partie sud de Bleid- nous vient à présent un feu très nourri. Les pertes s'accumulent. Partout retentit l'appel angoissé aux infirmiers. Les blessés sont pansés derrière le lavoir. C'est uen image terible. L a plupart ont de graves blessures par balles. Quelques hommes crient de douleur, d'autres, calmes et résignés, regardent en héros, les yeux dans les yeux, la mort qui s'approche.

Au nord-ouest et dans la partie sud de Bleid, les Français tiennent encore. Dans notre dos, le village est maintenant complètement en flammes. Entre temps le soleil a fini par percer le brouillard. A Bleid, il n'y a plus rien à faire. Aussi je rassemble ceux que je peux atteindre, fais enlever les blessés et me dirige vers le nord-est. Je veux sortir de ce brasier, rétablir la liaison avec ma compagnie, voire avec le bataillon. Le feu, une épaisse fumée asphysiante, des poutres qui rougoient, des maisons effondrées et du bétail affolé, qui bondit entre les foyers incandescents, barrent le chemin. Enfin, à moitié asphysiés nous gagnons le large. D'abord nous nous occupons des nombreux blessés. Ensuite je remets de l'ordre dans la troupe, qui compte environ cent hommes, et la conduis danns le vallon à 300 mètres au nord-est de Bleid. A cet endroit, je fais coucher la section déployée qui fait front vers l'ouest et vais avec mes chefs d'escouades en reconnaissance jusqu'au mouvement de terrain suivant.

La cote 325 se trouve en haut et à droite, encore enveloppée de brouillard. Sur la pente sud on ne voit dans les champs, où le blé est haut, ni ami ni ennemi. A droite devant nous, à environ 800 mètres, de l'autre côté d'un vallon plus profond, le rouge des pantalons d'une ligne de tirailleurs français se détache sur le jaune de la bordure d'un champ de blé. Il y a là environ une compagnie derrière des tas de terre fraîchement remués. Dans le fond, en bas à gauche, unn combat violent fait toujours rage pour la possession de Bleid en feu.Où peuvent bien être le IIème bataillon et notre compagnie? En partie encore dans Bleid, mais sans doute le gros de la troupe se trouve encore plus en arrière. Que dois-je faire? Comme je ne veux pas rester inactif avec ma section, je décide d'attaquer l'ennemi qui me fait face et qui de toute façons se trouve dans la zone de combat du IIème bataillon. Le déploiement à couvert derrière la hauteur, la mise en place et le déclenchement de la fusillade par la section s'accomplissent avec un calme et une précision digne d'un exercice sur-le-champ de manoeuvre en temps d epaix. Bientôt les escouades échelonnées sont allongées une partie dans des fânes de pommes de terre, une partie derrière des gerbes d'avoine, bien dissimulées, et exécutent un feu de mousqueterie lent et précis, comme notre excellente école du temps de paix le leur a appris. L'adversaire a ouvert un feu vif, dès que les parties les plus avancées de la section ont pris position. Seules quelques balles frappent encore devant et à côté de nous. On s'y habitue rapidement. Après une fusillade d'un quart d'heure la seule perte à inscrire à la section est une gamelle individuelle transpercée. A 800 mètres en arrière et à droite des lignes de tirailleurs allemandes surgissent à présent sur la cote 325. La liaison avec la droite est aisi assurée, la section peut alors attaquer sans inquiétude. Par escouades, qui se soutient mutuellement de leurs feux, nous progressons par bonds. C'est un exercice qui a été suffisamment répété en temps de paix. Nous traversons  un petit val que l'ennemi ne peut atteindre de ses tirs. Bientôt j'ai rassemblé dans l'angle mort de la pente opposée le presque totalité de ma section. Grâce aux faibles performances de tir de notre adversaire, la section n'a encore eu aucune perte lors de l'assaut. Baïonette au canon, en nous défilant sur la pente, nous montons vers la position ennemie jusqu'à distance d'assaut. Pendant ce mouvement nous ne sommes pas gênés par le feu ennemi, car il passe nettement au-dessus de nous en direction des parties de la section qui se trouvent encore très en arrière. Soudain l'ennemi cesse complètement son tir. Est-ce qu'il veut descendre nous attaquer? Vite, nous nous lançon sà l'assaut mais trouvons la position ennemie abandonnée à l'exception de quelques morts. Les traces de l'ennemi, qui se replie, mènent vers l'ouest à travers les blés qui arrivent à hauteur d'homme. A nouveau je me retrouve avec ma section loin devant notre propre front. 

Je veux attendre la progression de notre voisin de droite. La section se met en place dans la position conquise, ensuite le vais avec le chef de la 1ère demi-section, un adjudant de la 6ème compagnie et le caporal Bentele en reconnaissance vers l'ouest à travers le blé. Nous voulons repérer l'endroit où l'adversaire s'est replié. Nous conservons une liaison avec la section. Sans rencontrer l'ennemi nous atteignons  le chemin de Gevimont-Bleid à environ 400 mètres au nord de Bleid. Le chemin qui monte vers le nord entaille la pente à droite. De chaque côté du cheminn la vue vers le nord-ouest et l'ouest  est très limitée par de grands buissons. Près de l'un d'eux, au-dessus du chemin nous passons minutieusement en revue le terrain de tous les côtés. Bizarrement  on ne voit rien de l'ennemi qui se replie. Soudain Bentele nous montre  du doigt vers la droite (au nord): à peine à 150 mètres le blé bouge dans cette direction. En même temps nous voyons en plein soleil briller les gamelles individuelles étamées, montées sur les sacs français. L'ennemi qui nous fait face esquive en se baissant, le tir qui de la côte 325 balaie la partie la plus haute de la crête ouest. Nous estimons qu'une centaine de français arrivent ainsi en ligne droite vers nous. Pas un seul adversaire ne lève la tête hors du blé.

Dois-je faire venir rapidement la section? Non! Il est préférable quelle reste sur sa position et nous serve de couverture à tous les trois. La force de pénétrationn des balles de fusil me revient à l'esprit: 2 à 3 hommes peuvent être transpercés à cette distance! Vite debout, je tire sur la tête de la colonne. Pendant quelques secondes elle disparaît dans le blé, puis elle poursuit sa marche dans la même formation et la même direction. Aucun français ne lève la tête, pour voir le nouvel ennemi, apparu si soudainement et si près. Alors nous tirons tous les trois. La colonne disparâit à nouveau pour un court instant, puis elle se divise en plusieurs tronçons qui se hâtent vers l'ouest en direction du chemin Gévimond-Bleid. Nous accélérons notre tir sur les rangs des fuyards. De façon surprenante, nous ne recevons toujours pas de coups de feu, bien que nous soyons debout et très visibles pour l'ennemi. A gauche sur la route, de l'autre côté des buissons auprès desquels nous sommes, arrivent maintenant en courant des Français qui s'enfuient. A 10 mètres de distance, grâce à un trou dans les buissons, ils sont des cibles faciles. Nous répartissons notre tir sur les différents adversaires. une douzaine de français sont mis hors de combat par nos trois fusils. 

Maintenant le 123ème Grenadiers s'avance en haut, à droite. Je fais signe à ma section de venir et nous partons à l'assaut vers le nord en utilisant les bas-côtés du chemin de Gévimons-Bleid. En chemin quelle n'est pas notre surprise de trouver des français dans tous les buissons. Il faut parlementer assez longuement avant que l'adversaire ne bouge, ne dépose les armes et ne quitte ses abris. On leur avait dit que les Allemands tranchaient la gorge à tous les prisonniers. Des buissons et des champs de blé au-dessus de nous nous ramenons plus de 50 Français. Avec eux se rendent égalment deux officiers français, un capitaine et un sous-lieutenant, légèrement blessé au bras. (iii) Mes hommes offrent des cigarettes aux prisonniers, ce qui semble les mettre en confiance. A droite sur la hauteur, le 123ème régiment de grenadiers atteint également le chemin de Gévimont-Bleid.

Paraissant provenir du bois Le Mat à 1.500 mètres au nord-ouest de Bleid, des balles viennent frapper au milieu de nous. En tout hâte je mets la section à l'abri dans le chemin creux, avec l'intention de poursuivre l'attaque sur le Mat à partir de là. Mais soudain tout devient noir devant mes yeux, je perds connaissance. Les fatigues de la journée et de la nuit d'avant, le combat de Bleid et sur la hauteur du nord et par-dessus tout l'état lamentable de mon estomac avaient épuisé mes dernières forces. 

J'ai dû rester un temps assez long sans connaissance. Lorsque je reviens à moi, le caporal Bentele s'affaire auprès de moi. Quelques obus et schrapnelles éclatent aux environs. Notre infanterie se replis du bois Le Mat sur la cote 325. Est-ce la retraite? Je prends le commandement d'une partie de ces lignes de tirailleurs, occupe avec elles la pente près du chemin Gevimond-Bleid et leur donne l'ordre de se retrancher. Les hommes me disent , qu'ils y auraient perdu leurs chefs et qu'ils se seraient repliés que sur un ordre venu d'en haut. C'est surtout l'artillerie française qui leur aurait causé le spertes les plus lourdes. Un quart d'heure plus tard, les clairons sonnent "l'appel au régiment" et le "rassemblement". De tous les côtés les soldats du régiment se hâtent à l'ouest de Bleid. Je m'y dirige aussi avec ma petite troupe. Les différentes compagnies arrivent les unes après les autres. Leurs rangs sont fortement clairsemés. Au cours d ece premier combat le régiment a perdu 1/4 de ses officiers et 1/7 de ses troupes en morts et blessés. En ce qui me concerne, j'apprends avec douleur que deux de mes meilleurs amis sont tombés. Je ne peux malheureusement leur rendre un dernier hommage .Après avoir remis de l'ordre dans leurs rangs, le sbataillons se mettent aussitôt en marche vers Gomery en passant par la partie sud de Bleid.

Bleid offre une vision affreuse. Dans les ruines fumantes gisent des combattants et des civils morts aisi que du bétail abattu. On annonce à la troupe que l'adversaire de la Vème armée est battu sur toute la ligne et se replie. La joie de la première victoire est cependant atténuée par la perte des camarades qui sont tombés. Nous marchons vers le sud. La marche connaît de nombreux arrêts. Au loin les colonnes ennemies se retirent. Des batteries du 49ème régiment d'artillerie s'avancent au trot et mettent en batterie à doite de la route. Lorsqu'elles effectuent leurs premiers tirs, les colonnes ennemies ont disparu dans le lointain. La nuit tombe. Morts de fatigue, nous atteignons enfin le village de Ruette. La localité est déjà pleine de nos troupes. Nous bivouaquons en plein air. On ne peut plus trouver de paille, la troupe est trop épuisée pour se mettre à de longues recherches. Le sol du champ, humide et froid, interdit tout sommeil réparateur. Au matin, il fait froid, nous gelons tous lamentablement. Mon estomac malade m'a tenu éveillé durant la dernière partie de la nuit, il en va d e même pour maint compagnon de souffrance. Enfin le jour se lève. De nouveau un épais brouillard recouvre les champs. 

(i) Il s'agit de soldats de la 5ème compagnie du 101 RI (bataillon Laplace) qui viennent d'arriver. La compagnie devait se mettre en position à la sortie sud-est de Bleid. Cette compagnie était commandée par le capitaine Ferraton

(ii) Il s'agit sur le fusil de la hausse d eguerre, réglée à cette distance, compte tenu que l'on pouvait ouvrir le feu sur des troupes se trouvant à 800 mètres et parfois au delà. La balle pouvait-être mortelle jusqu'à 2 kilomètres. D'où la difficulté signalée par rommel de viser à une distance très inférieure

(iii) C'étaient des hommes des 6ème et 7ème compagnies du 101 du RI français. La prise d eBleid et l'arrivée dela section Rommel combinée avec la progression du 123ème grenadiers leur coupaient le retraite vers le sud

(2) Le récit du colonel du Chaylard: l'attaque de Baranzy le 22 août

Ce récit est tiré du travail

"22 août 1914, Batailles des frontières: Virton, Ethe, signeulx, Rosignol, Neufchâteau" réalisé par Monsieur Jean Dauphin ,conservateur du musée Baillet-Latour, rue Baillet-Latour B-6761, Latour, 063 57 03 15, www.musees-gaumais.be

Mon bataillon doit traverser d'abord des terrains faciles mais couverts d'avoine, pommes d eterre...Le tout très mouillé par l'orage de la veille et le brouillard, puis des prairies assez marécageuses et un ruisseau à bords escarpés, 1M50 de profondeur et impossible de le frangir, il a trois mètres de large. Pas d'obus, pas de balles. 

Les fils de fer entourant les prairies ont fait obstacle à la progression. Au ruisseau, les officiers montés doivent d'abord mettre pied à terre après avoir vainement cherché un passage et ils envoient leurs chevaux passer par la route de Signeulx à Baranzy. Les mitrailleurs doivent aussi décharger leurs chevaux. Parvenus 200 mètres après le ruisseau, balles et obus commencent à arriver. Le brouillard est moindre mais gêne beaucoup le tir à ce point que notre artillerie ne tire pas un obus pour nous appuyer. Les Allemands de la hauteur qu'ils occupent ont posé leurs pièces la veille. Le brouillard ne les empêche pas de tirer. Sans gros résultats car ils ne peuvent nous voir. La hauteur en question présent l'aspect suivant: une pente raide d'environ 30° avec gradins successifs au nombre de trois avec des talus, couverts de buissons et de haies. Il faut les franchir dans de rares passages. Chaque gradin a bien 60 m dans le sens de la marche. Au sommet , y a t-il un bois ou un terrain découvert? le brouillard m'empêche de le voir. En cherchant à passer le ruisseau, je m'étais séparé de mon bataillon. Je m'étais dirigé vers le sud, donc dans la zone du deuxième bataillon. J'avais mis pied à terre. Je ne voulais pas m'écarter de la route vers Baranzy. Je traversais finalement le ruisseau et je cherchais à me remettre au centre d emes compagnies. L'ennemi ayant ouvert le feu, les compagnies s'étaient déployées .Elles arrivaient au premier talus .Il est probable qu'il existait un angle mort. Ce qu'il y a d'évident, les balles sifflaient et passaient de peu au-dessus. Quand je rejoignis mes agents de liaiso, les 9° et 12° compagnies avaient commencé l'ascension avec une entrain fou. Nous étions seuls et sans artillerie.  Celle-ci restée à ville-Houdlement ne pouvait rien voir dans le brouillards. L'attaque telle que nous la menions était folie. A cause de la forme du terrain et aussi en raison de la violence du feu, ce n'était pas de cette façon que nous ferions tomber la défense. Je criais à la ligne précédente d'appuyer à gauche, je fis glisser à gauche la 10° compagnie. Le capitaine Avrial de la 5° compagnie me dit qu'on tirait sur la 7° (des Français tiraient sur des Français)

Je lui dit qu'il fallait appuyer plus à gauche notre dispositif. Le feu ennemi était terrible. Surtout celui des fantassins...

Ici s'arrêtent les notes du colonel du Chaylard.

(3)Le récit du sergent Péraud 

Ce récit est tiré du livre "Les chemins de l'histoire 1914-1918" , Jean-Daniel Destemberg, Editions demars, B.P. 322 6 03003 Moulins (France)

Le 22 août à 6h 50 du matin, le 113ème traverse la frontière, le compagnie du sergent Péraud en tête du régiment et sa section en tête des éclaireurs Un cours d'eau gêne la manoeuvre. On oblique légèrement pour profiter du pont d'une route menant au village de Baranzy, première localité belge occupée par l'ennemi. La compagnie passe le cours d'eau, se déploie alors sur la gauche de la route face aux tranchées ennemies. Un ordre d'attaque jaillit "A la baïonnette!". Alors, au pas de charge, les "piouspious" courent à leur destin. Les mitrailleuses allemandes cachées jusqu'alors fauchent la totalité des assaillants. Le sergent Péraud est blessé, il tombe. Tous les hommes de la compagnie sont étendus autour de lui; certains bougent encore, d'autres appellent. Au coup de sifflet, les Allemands arrivent en contre-attaque. Et ils ont reçu des ordres: achever les blessés. Le sergent Péraud allongé sur le dos, la tête légèrement basculée en arrière est gêné par une petite croix qui lui recouvre une partie de la bouche. Cette petite croix, il la porte depuis qu'un général leur a fait distribuer  après la mlesse de Ville-Houdlemont, avant la bataille. Incapable de bouger, il voit les Allemands achever ses copains à la baïonnette. Son tour va arriver; les tueurs se rapprochent. Soudain, deux d'entre eux sont au-dessus de lui; l'un d'eux s'apprête à le percer au thorax, mais le deuxième aperçoit la petite croix et écarte l'arme. Le sergent Péraud pensa toute sa vie qu'il ne pouvait s'agir que d'un ecclésiastique. Car il se retrouva ainsi un des rares prisonniers de ce combat. On l'accroche alors au cou d'un autre blessé prisonnier pouvant encore marcher. Il s'en vont ainsi jusqu'à Baranzy où, sur la place de l'église, ils retrouvent d'autres blessés français qui gisent là. On l'allonge dans l'église transformée en poste de secours par les Allemands. 



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