Médecins de la Grande Guerre

Le plus grand complexe hospitalier de tous les temps se trouvait à Etaples-sur-Mer.

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Le plus grand complexe hospitalier de tous les temps se trouvait à Etaples-sur-Mer.

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Prise de vue effectuée par un ballon d’observation. Hôpitaux d’Etaples après un bombardement. (Archives A. Caron).

Superficie du Camp Britannique d’Etaples.

Vue générale des hôpitaux, route de Carniers à Etaples en 1918. (Archives A. Caron).

Groupe d’infirmières à Etaples en 1917. (Archives F. Gambier).

La musique aux blessés. (Archives A. Caron).

Ambulance canadienne en face du Bois Hanin. (Archives A. Caron).

Garage de la Croix Rouge au Bois Hanin. (Archives F. Gambier).

Un convoi de blessés est annoncé. (Archives A. Caron).

Inhumation au cimetière anglais. (Archives A. Caron).

Le cimetière anglais. (Archives F. Gambier).

Exemple d’hôpital construit à Etaples.

L'entrée du cimetière anglais à Etaples. (Photo Dr Loodts)

Le cimetière anglais d'Etaples. (Photo Dr Loodts)

Quelques tombes. (Photo Dr Loodts)

Une seule tombe belge parmi les tombes anglaises. (Photo Dr Loodts)

Une seule tombe belge parmi les tombes anglaises. (Photo Dr Loodts)

Cette seule tombe belge, celle du soldat François De Gendt du 9e régiment de ligne. (Photo Dr Loodts)

Détail de l'inscription tombale. (photo Dr Loodts)

La tombe est plus foncée que les autres. (photo Dr Loodts)

Les Anglais enterrent un des leurs.

Nursing Sister - Matilda E Green - Can Army Medical corps - 9 october 1918 (Photo Dr Loodtd)

Dorothea M.L. Crewdson - M.M., A.R.R.C. - Nursing Sister - V.A.D. member - 12 march 1919 age 32 ans (Photo Dr Loodtd)

Probablement suite à l'hécatombe ? Car déjà Lieutenant Colonel à l'âge de 27 ans (Photo Dr Loodtd)

Petite explication de la vie au camp.

Un tailleur de pierre gravant l’une des nombreuses pierres tombales

Lettre envoyée à madame De Gendt.

Madame De Gendt était décédée avant l’arrivée de la lettre.

Etaples, carte vue du cimetière des Anglais avec les monuments aux morts.

A Etaples, le monument aux morts de la Grande Guerre du sculpteur A. Lesieux.

Le plus grand complexe hospitalier de tous les temps se 

trouvait à Etaples-sur-Mer.

 

En 1915 les Anglais transformèrent une étroite bande de terrain à proximité du petit port de pêche d’Etaples situé au sud de Boulogne, en un immense ensemble d’hôpitaux militaires, d’entrepôts et de centres d’instruction destinés à assurer les arrières de leurs unités qui combattaient sur le front des Flandres et de la Somme. Un flot interrompu d’hommes et de matériel en provenance d’Angleterre arrivait à Etaples avant de rejoindre le front qui par un impressionnant réseau de voies ferrées, routes et canaux.  Etaples était aussi la destination des centaines de soldats blessés qui provenaient chaque jour du front notamment par une douzaine de trains-ambulances !  En 1917, le camp pouvait accueillir jusqu’à 40.000 blessés par mois pour être traités et jusqu’à 70.000 jeunes recrues pour y recevoir un dernier entraînement militaire avant de rejoindre les tranchées. Des millions de soldats transitèrent donc par Etaples qui acquit très vite une très sinistre réputation. Wilfred Owen qualifia l’endroit comme étant « un immense campement épouvantable », un endroit qui n’était « ni France, ni Angleterre, mais une sorte d’enclos où l’on parque les animaux pendant quelques jours avant l’abattoir ».

Les hôpitaux furent construits avant les camps d’entraînements. Le 7 avril, 1915 s’ouvrit le premier d’entre eux, « l’hôpital Général n°18 » et à la fin du mois de juin se trouvait à pied d’œuvre le personnel destiné à travailler dans plus de 12 hôpitaux militaires. Les hôpitaux initièrent les soins d’abord dans des tentes avant de disposer des baraquements de bois. Au plus fort des activités du camp on compta environ vingt hôpitaux militaires dont le plus vaste comptait 3 000 hospitalisés. Au total, Etaples comptait plus de 20.000 lits d’hôpitaux.

 Au cours du mois de juin, trois casernes d’infanterie commencèrent à fonctionner tandis que onze autres étaient en construction avancée. Au plus fort de ses activités, le camp d’Etaples compta 40 casernes appelées IBD (Infantry Base Depot). Entre juin 1915 et septembre 1917, plus d’un million d’officiers et d’hommes de troupe passèrent par les IBD avant de rejoindre le front. Aux casernes et hôpitaux, on ajouta des hôpitaux vétérinaires des dépôts, une blanchisserie, des champs de tir, des camps de police et de détention etc..

Plus de 100.000 personnes représentaient l’effectif du camp pendant son fonctionnement optimal. Le camp ressemblait à une ville de dimension importante mais dotée d’une caractéristique unique : ses habitants ne s’y installaient jamais pour très longtemps : jour après jour, des vagues de milliers d’hommes arrivaient au camp d’Etables et succédaient à celles le quittaient.

 Les hôpitaux avaient chacun leur spécificité ainsi l’hôpital d’isolement s’occupait uniquement des cas qui impliquaient des maladies infectieuses. L’hôpital Général N°51 s’occupait des maladies vénériennes et le N°24 des prisonniers allemands. Dans un autre hôpital, on s’occupait des Cafres (ethnie sud-africaine).

Les blessés et malades d’Etaples provenaient donc de tout le Commonwealth.  Les cafres arrivèrent dans la région au nombre de 1.400 pour construire et entretenir un immense dépôt de munitions à Dannes. Ils faisaient partie du South African Native Labour Contingent ou en abrégé SANLC.  Lorsque ces hommes ne travaillaient pas, ils étaient confinés dans des camps spartiates entourés de fils barbelés. Recrutés sous des contrats d’un an, ils furent remplacés par des ouvriers chinois faisant partie du Chinese Labour Corps. En 1918, il y avait 3 000 Chinois à Dannes, mais seule la compagnie n°159 était basée à Etaples. Les prisonniers allemands étaient aussi soignés à Etaples car au nombre d’environ six mille, ils occupaient sept camps de prisonniers situés aux environs du camp. Organisés en compagnie de travail de 500 hommes, ils travaillaient comme manœuvre dans les chantiers de l’armée.

Les hôpitaux d’Etaples avaient pour but de consolider le traitement déjà effectué dans les hôpitaux de l’avant ; on opérait donc peu à Etaples mais le traitement des plaies grâce à la méthode Carrel-Dakin était fort utilisé.  Cette méthode mise au point à l’hôpital de l’Océan en Belgique était fondée sur l’humidification permanente des plaies par un produit désinfectant à base d’hypochlorite. En absence d’antibiotiques, cette méthode permit une réelle avancée thérapeutique et évita de nombreuses amputations.

Les femmes du camp étaient environ 2.500 et avaient leur propre hôpital quand elles devaient être hospitalisées. La plupart étaient des infirmières « QUAIMNS »   c'est-à-dire appartenant au Queen Alexandra’s Imperial Military Nursing Service (service infirmier militaire et impérial de la reine Alexandra) ou des volontaires « VAD » appartenant au Voluntary Detachment off the British Red Cross.  Parmi les « VAD »  se trouvaient des conductrices d’ambulance qui travaillaient sur le site d’Etaples mais qui transportaient aussi les blessés jusqu’aux navires-hôpitaux mouillés à Boulogne. Toutes ces jeunes femmes étaient soumises à une discipline très stricte et n’avaient pas le droit de se mêler à leurs homologues masculins même durant leurs congés (un demi-jour par semaine et un jour par mois). En 1917, une troisième catégorie de femmes apparut à Etaples, les « WACC » du Women’s Auxiliary Army Corps. La plupart des « WACC » travaillaient comme cuisinière ou dans les cantines mais certaines d’entre elles travaillaient comme jardiniers et entretenaient les tombes de guerre. Le corps des « WACC » fut rebaptisé en 1918 en « QMAAC » (Queen Mary’s Army Auxiliary Corps).

Les soldats ne pouvaient s’échapper du camp pour se rendre dans la petite ville d’Etaples qu’exceptionnellement. Les deux ponts qui y menaient, l'un au-dessus de la Canche, l’autre au-dessus de la voie ferrée, étaient gardés nuit et jour par des sentinelles qui avaient l’ordre de repousser tous ceux qui étaient attirés par les échoppes et bistrots français.

Le camp d’Etaples fut soumis à des bombardements par l’aviation allemande pendant la deuxième partie de l’année 1917 et pendant le début de 1918. Etait particulièrement visé le viaduc ferroviaire au-dessus de la rivière Canche.

La vie des soldats à l’entraînement était particulièrement pénible. Ils manœuvraient toute la journée au nord du camp dans des terrains qu’ils appelaient l’arène, « the bull ring ». Les instructeurs étaient souvent très brutaux et surnommés les « canaris » à cause du bandeau jaune qu’ils portaient au bras. Ce sont les « canari » qui prenaient en charge les nouvelles troupes dès qu’elles débarquaient à Boulogne et qui leur faisaient parcourir immédiatement en marche forcée la distance entre Boulogne et Etaples. Il ne fallait pas plus de 15 jours pour que les recrues haïssent leurs instructeurs. Il n’est pas étonnant que ce soit à Etaples qu’une des plus importante mutinerie de l’armée impériale éclata le 9 septembre 1917. Cette révolte survint avec l’arrestation d’un artilleur Néo-zélandais. Un grand nombre de soldats assiégea le siège de la police militaire et une « casquette rouge » (redcap de la military police) fit feu au-dessus des manifestants et blessa mortellement le caporal W.B Wood. Les policiers ne trouvèrent leur salut que dans la fuite. Dans les jours qui suivirent les soldats voulurent à plusieurs reprises pénétrer sans permission dans la ville d’Etaples et il y eut de nombreux heurts jusqu’à ce qu’une force d’intervention de 2.300 hommes rétablisse l’ordre. 54 hommes passèrent en cours martiale et un soldat fut exécuté pour mutinerie : le caporal Jesse Short, un vétéran des tranchées qui avait servi le 26ème Régiment des Fusiliers du Northumberland. Short avait déclaré de « con » un officier ajoutant qu’  « il n’y avait qu’une chose à faire avec ce salaud, c’était de lui passer une corde au cou et le jeter dans la rivière ». Passé en cours martial, il présenta des excuses, mais des officiers prétendirent que les hommes avec qui se trouvaient Short avaient brandi des drapeaux rouges. Cette allusion ne porta pas la cour à la clémence et le malheureux fut exécuté à Boulogne le 4 octobre 1917.  Une légende veut que le principal meneur de la mutinerie ait été le soldat Percy Toplis qui réussit à fuir et à se cacher jusqu’en 1920 l’ année où il fut abattu par la police en Angleterre après avoir tué un chauffeur de taxi. C’est seulement en 1979 que l’on commença à déchirer le voile de silence sur la mutinerie et cela grâce à la parution à Londres d’un ouvrage de William Allison et Johne Fairly intitulé Toplis the Monocled Mutineer. Ce livre fut fortement contesté car il précisait que la mutinerie avait été extrêmement grave et alla jusqu’à compromettre l’offensive du Maréchal Haig contre l’armée allemande à Passendaele. On devrait en savoir plus en 2017 quand les archives de la Bristish Army pourront être consultées.

Le paysage entre Boulogne et Etaples consistait en un défilement pendant trente kilomètres d’hôpitaux militaires, de camps de prisonniers et de cimetières. Ce premier paysage de France aperçu par les recrues anglaises à leur arrivée sur le continent était particulièrement déprimant !

Aujourd'hui de l’immense camp militaire, il ne subsiste plus qu’un énorme cimetière militaire où plus de 11.000 hommes reposent face à la mer après avoir vainement espéré survivre à leur évacuation du front dans des conditions souvent effroyables et à leur hospitalisation.  Parmi tous ces hommes, repose un soldat qui ne possède aucun compatriote à ses côtés : il est Belge et sa pierre tombale est unique dans l’immense nécropole car elle est ornée d’un drapeau aux  couleurs noir, jaune et rouge. Il s’agit du brigadier DeGendt. J’ai voulu en savoir plus sur l’unique Belge qui repose à Etaples par les 11.000 soldats de l’empire britannique. Son dossier matricule qui existe toujours au service de documentation du musée royal de l’armée nous apprend son histoire.

 De Gendt François a été rappelé en juillet 1914 au 9e Régiment de Ligne. Il était le fils unique d’une dame ayant élevé seule son enfant. François fut blessé au tout début de la guerre et hospitalisé à l’hôpital militaire d’Anvers le 6 septembre 1914. On perd ensuite sa trace jusqu’au 1/5/15. Qu’advint-il de lui pendant cette période ?   Parvint à suivre les troupes belges quittant Anvers pour rejoindre l’Yser ? Fut-il interné en Hollande ou se cacha-t-il en Belgique le temps de sa convalescence ? Personne ne pourra plus répondre à cette question. En 1923, les autorités militaires belges refuseront à sa mère qui en a fait la demande la décoration posthume de la médaille de l’Yser arguant du fait que nulle part on retrouve trace de sa présence  derrière l’Yser en octobre 1914. La maman demandait-elle cette décoration parce qu’elle possédait du courrier de son fils qui lui racontait la bataille de l'Yser ? Elle n’eut en tout cas pas l’occasion de faire valoir ses arguments : la lettre du Ministre de la Défense nationale qui lui annonçait que son fils décédé ne pouvait pas obtenir une distinction supérieure aux médailles de la Victoire et commémorative de la guerre 14-18 et envoyée le 1er août 1923 à son adresse rue de Ribeaucourt 47 à Molenbeek revint à l’expéditeur le 31 août avec la mention « décédé ». Madame De Gendt mourut donc avant d’avoir pu prendre connaissance de ce courrier décevant. Je l’imagine seule et vieillie avant l’âge : perdre le fils unique qu’elle avait élevé seule !

Si le doute subsiste quand à la participation de François De Gendt à la bataille de l'Yser, il put en tout cas rejoindre par ses propres moyens Calais où il fut réintégré le 9/2/15 dans les rangs de l’armée et cela au Groupe Parc Automobile de Réserve. Le 15 avril 1917, il est mentionné comme faisant partie du Corps des transports du Cabinet du Ministre de la guerre au Havre. Le 6 juin de la même année, il devient brigadier moto et le 15 juin brigadier convoyeur. François De Gendt sillonnait donc les routes de France pour le Ministre de la Guerre à partir du Havre.  Le premier janvier 1918, il fut subitement atteint de fièvre et de température et le médecin diagnostiqua une méningite. Se trouvait-il en ce moment en mission auprès des Anglais à Etaples où bien fut-il envoyé du Havre en ambulance à Etaples parce que dans ce camp se trouvait un hôpital spécialisé dans les maladies infectieuses ? Personne ne pourra plus répondre à cette question. Son dossier militaire enseigne simplement que Degendt François n°57065 de la matricule du 9e de ligne est décédé le 1er janvier 1918 d’une fièvre cérébro-spinale à l’hôpital n°24. Cet hôpital était cependant réservé aux prisonniers allemands ! Pourquoi les Anglais le soignèrent-ils dans cet hôpital ? Craignaient-ils une contagion parmi leurs propres soldats ?  

Le brigadier Degendt François est mort dans un hôpital réservé aux soldats Allemands. Il fut le seul Belge enterré dans l’immense cimetière d’Etaples et qui était réservé aux soldats du Commonwealth. Nous lui rendons hommage sans oublier sa maman ! Puissent quelques-uns de ses compatriotes avoir aujourd'hui une pensée pour lui !

 

Dr P Loodts.       

 

Source :

1)       « Le camp Britannique d’Etaples » par Douglas Gill et Julian Putkowski Editions du Musée Quentovic d’Etaples.

2)       « Les mutins » par W.Allison et J.Fairley, Edité par les amis du Musée de la Marine d’Etaples-sur-Mer, 1990.

  

L'arsenal de construction automobile (A .C.A.)

 


Un des ateliers de réparation de l’arsenal de construction automobile (A.C.A.). François De Gend y fut affecté en 1917.

La reconstitution, ou plutôt la constitution des services automobiles si importants dans les armées modernes ne présentait pas moins de difficultés que la reconstitution de l’artillerie.

Au moment où la guerre éclata, la Belgique, en fait de matériel automobile, ne possédait à peu près rien. Heureusement, dans ce pays actif, laborieux et d’esprit très moderne, l’automobilisme était fort répandu et la réquisition des voitures qui fut ordonnée le jour même de la mobilisation, mit immédiatement à la disposition du ministère de la Guerre un grand nombre de véhicules. Seulement, ces véhicules étaient presque tous des voitures de tourisme, quelques camions de livraison, très peu de camions lourds, enfin un certain nombre de voitures hétéroclites, tel ce corbillard qui, par une ironie du sort, suivit l’armée en retraite dans toutes ces vicissitudes et que j’ai vu remiser, macabre et grotesque, dans la réserve de Sainte-Adresse.

Aussi bien pour le ravitaillement que pour le Service de Santé, tout cela était loin de pouvoir rendre tous les services qu’une armée moderne est en droit d’attendre de l’automobilisme.

Au commencement de la guerre, il est vrai, quand l’armée belge opérait sur son territoire, l’admirable réseau de chemins de fer qui couvre le pays, et que complète le réseau de chemins de fer vicinaux, rendait le service de ravitaillement automobile moins indispensable qu’il ne l’est devenu depuis : les voies ferrées suffisaient à tous les gros transports. Mais, aujourd’hui, il n’en est plus de même, et dans l’immense travail de réorganisation et de reconstitution militaire auquel le gouvernement belge s’est consacré depuis son installation sur le sol français, le service automobile est un des plus importants. Les dépôts, les magasins, les centres d’approvisionnement de l’armée belge sont, en effet, disséminés dans tout le nord-ouest de la France, assez loin en arrière du front. Le réseau ferré qui les dessert est loin d’être aussi serré que le réseau belge, et il doit être en outre, non seulement utilisé pour les besoins de l’armée belge, mais aussi pour les besoins de l’armée française et de l’armée anglaise.

Il fallut d’abord courir au plus pressé, et dès l’installation du gouvernement au Havre, il fit l’acquisition, en Angleterre et en Amérique, d’un grand nombre de camions spécialement aménagés pour le transport des approvisionnements militaires, tant en vivres qu’en munitions. Mais comme il était nécessaire de viser à l’économie autant qu’à la promptitude, on songea immédiatement au moyen de faire donner le meilleur rendement possible aux voitures réquisitionnées.

C’est alors que furent créés les ateliers et le parc de réserve de l’A.C.A. De l’aveu unanime de tous les officiers et de tous les ingénieurs étrangers qui ont visité ces vastes installations créées cependant avec des moyens de fortune, elles constituent un véritable chef-d’œuvre d’organisation industrielle.

Les ateliers de l’A.C.A. ne se contentent pas de faire aux autos en service les réparations courantes et de se tenir toujours prêts à fournir à toutes les machines les pièces de rechange indispensables, ils s’emploient aussi à transformer les voitures de tourisme, dont en disposait en grand nombre, en camions et en voitures d’ambulance, à refaire des voitures neuves avec plusieurs voitures hors d’usage. Rien n’est perdu à l’A.C.A. Aussitôt qu’un véhicule avarié lui est envoyé, on le démonte. S’il est réparable, on le répare. Sinon, on classe les différentes pièces utilisables qui serviront à faire des machines nouvelles. Quand aux pièces brisées, elles sont envoyées à la fonderie que le ministère de la Guerre a créée près du Havre, et qui fournit le métal aux ateliers.

Ce qui rendait le problème extrêmement difficile au point de vue technique, c’est la multiplicité des types de voitures que la réquisition avait mises à la disposition de l’armée belge. Il y en avait de toutes marques : belges, françaises, anglaises et…allemandes. En conséquence, impossibilité de se procurer certaines pièces de rechange, d’autant plus que les usines françaises et anglaises étaient absorbées par les commendes de leur propre gouvernement. La direction de l’A.C.A. se résolut donc à fabriquer les pièces elles-mêmes. Des machines-outils furent immédiatement achetées en Angleterre et en Amérique, et il n’est pas un élément de n’importe quelle voiture automobile que l’usine de Sainte-Adresse ne soit maintenant en état de fabriquer.

L’usine de Sainte-Adresse ! C’est à dessein que j’emploie ce mot, car c’est véritablement une usine que cet établissement militaire, où tout est soigneusement contrôlé comme il convient aux organismes d’État, mais où tout fonctionne, non selon les règles administratives nécessairement un peu lourdes, mais conformément aux principes de bonnes gestions industrielles.

Le personnel est presque entièrement militaire ; il n’y a que quelques rares ouvriers civils qui, presque tous, vont être militarisés conformément à l’arrêté-loi qui appelle sous les drapeaux tous les Belges de dix-huit à quarante ans. Mécaniciens, monteurs de pneus, ébénistes et tapissiers – car l’A.C.A. comporte également des ateliers de carrosserie – ont été recrutés parmi les mobilisés, et sont soumis à la discipline militaire. Mais, à cela près, ils travaillent comme à l’usine, non sous les ordres de gradés mais sous les ordres de contremaîtres dont l’autorité ne dépend pas du nombre de galons qu’ils portent sur leur manche, mais de leur compétence technique et de leur habileté professionnelle.

Aussi, dans ces ateliers improvisés, installés dans des baraquements construits à la hâte, tout marche-t-il avec une régularité parfaite.

C’est avec un étonnement qu’on a pu voir là comment on transforme une limousine avariée en une merveilleuse voiture d’ambulance, comment avec de vieux pneus crevés, on fait des pneus neufs, comment de deux châssis faussés on fait un châssis nouveau. Bref, ce service improvisé en pleine guerre est arrivé non seulement à répondre à tous les besoins du front belge actuel, mais aussi à préparer les réserves nécessaires à une avance éventuelle.


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