Médecins de la Grande Guerre

Le Roi-Aviateur.

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Le Roi-Aviateur.

point  [article]
Sa Majesté le Roi Albert I

Le Roi en tenue d’aviateur

La Reine Elisabeth au champ d’aviation

Le Roi Albert 1er, la Reine Elisabeth et le Prince Léopold

René Fonck, Willy Coppens, le Roi Albert à un meeting d’aviation à Anvers

En autogyre

En avion découvert

En avion découvert

Le Roi à la mitrailleuse d'un avion de chasse partant pour le front

Le Roi visitant le camp de l’escadrille des « Cigognes », en 1917. Au premier plan, à droite, la Reine s’entretient avec le commandant Brocard

LE ROI-AVIATEUR[1]

       Le chevalier Willy Coppens de Houthulst, le plus glorieux des aviateurs militaires belges de la guerre, nous a fait parvenir la note qu'on va lire. On comprend que ce grand pilote, lié à son souverain par un profond loyalisme, et par tant de souvenirs auxquels le Roi disparu avait associé sa grandeur, ait cru de  son devoir particulier de rendre à une grande mémoire l'hommage que lui devaient les aviateurs et l'aviation.

       La presse entière a répété les louanges méritées de celui qui fut un grand Roi devant l'histoire et aussi un homme de cœur, plein de bravoure.

       Mais nous, les aviateurs, nous voulons également dire l'admiration que nous avons pour celui qu'on appela le Roi-aviateur, comme on le surnomma le Roi-soldat. Aviateur, Il le fut avec courage et simplicité, mais non sans une pointe de fierté qui, avouée par un souverain pouvant avoir tous les orgueils, rejaillit sur nous tous, les gens de l'air. Le Roi Albert avait reçu tous les honneurs que pouvaient lui conférer les souverains et chefs d'Etat étrangers, mais il arborait avec un plaisir marqué, quand il se trouvait dans un milieu d'aviateurs, l'insigne des « Cigognes » que lui avait remis le commandant Brocard lorsque Sa Majesté visita ce groupe dans les Flandres, en 1917 et aussi l'insigne d'aviateur militaire belge que j'avais eu l'honneur de lui remettre moi-même.

       Dès avant la guerre, Prince-héritier de la couronne de Belgique, au cours du premier meeting d'aviation d'Anvers, Il s'envola, piloté par le comte de La Vaulx, dans un dirigeable Zodiac : cela se passait le 30 octobre 1909.

       Son baptême de l'air en avion date du 7 avril 1917 : c'est le commandant Jacquet, chef du groupe de chasse belge, qui eut l'honneur d'enlever le Roi, dans un biplan Farman du type F-40, pour le conduire au-dessus des lignes, où Il fut salué par l'artillerie ennemie.

       Le 5 juin de la même année, il monte à Coudekerque à bord d'un grand bimoteur Handley-Page, piloté par le squadron-cornmander J. T. Babington, de l'escadrille n° 7 du R. N. A. S.

       Il recommence le surlendemain, accompagné cette fois par la Reine.

       Le 6 juillet 1917, le Roi survole à nouveau les lignes belges, à bord d'un biplan biplace Sopwith, conduit par le lieutenant Jacques de Meeus.

       Quelques jours plus tard, c'est un pilote français qui a l'honneur d'enlever le Souverain, dans un Morane « parasol », au terrain du groupe des « Cigognes », d'où Guynemer devait, peu après, prendre son dernier vol.

       Enfin le Roi survole Ostende à bord d'un biplace Bristol « Fighter » de l'escadrille du « Royal Flying Corps » britannique. Et ce vol fut la raison pour laquelle S. M. le Roi d'Angleterre lui fit remettre plus tard par son fils, le Duc d'York, la « Distinguished Flying Cross », réservée aux aviateurs : c'est la Croix dont le Roi Albert montra le plus de fierté ... A partir de ce moment, il m'est impossible de compter les vols du Roi. Il en fait encore plusieurs avant l'armistice, et de très nombreux après, employant l'avion pour ses déplacements – d'abord l'avion militaire, ensuite l'avion civil. Il doit compter une douzaine de traversées de la Manche au moins, à bord de petits avions de l'armée ou sur son avion personnel – tous monomoteurs.

       Très au courant des choses de l'air, Sa Majesté s'entretenait volontiers avec ses pilotes, préparait les cartes avec eux et suivait la route en l'air, remplissant l'office de navigateur.

       Il lui arriva, après un atterrissage forcé avec le lieutenant Jean Stampe, de relancer l'hélice et de réussir à remettre le moteur en marche, au premier essai : sa grande taille l'aidait en cela. Il eut une panne sèche à bord d'un Spad, piloté par le lieutenant Henry Crombez qui fit un excellent atterrissage en campagne, près de Louvain. Ses pilotes successifs ont gardé le souvenir d'un charmant compagnon, tant il mettait de simplicité dans ses entretiens avec eux.

       Je rappellerai encore, parmi les 300 ou 400 heures de vol du Roi, les voyages qu'il fit en Afrique du Nord, à bord des Breguet militaires de l'aviation française ; son retour de Casablanca à Toulouse, dans un avion de la ligne Latécoère ; Le Caire-Bagdad et retour, et aussi, récemment, un voyage au Congo belge effectué entièrement (ou presque) par la ligne anglaise : Athènes - Alexandrie - le Nil et retour.

       Il essayait un nouvel avion chaque fois qu'il en avait l'occasion, sur terre ou sur l'eau, et son entourage tremblait souvent à l'idée d'un accident toujours possible. M'est-il permis de dire que, lorsque le Roi avait espéré faire un vol et que son espoir ne se réalisait pas, il en avait un regret où l'on pouvait mesurer toute la jeunesse de ce Souverain qui aimait l'action et la nature et trouvait dans l'aviation un moyen merveilleux de goûter à ces deux joies sans jamais s'en lasser ?

       Au cours de la guerre, surtout à l'époque où, la côte étant occupée momentanément par l'armée anglaise, les Souverains avaient abandonné la villa de La Panne et habitaient une ferme des Moëres belges, toute voisine de notre champ d'aviation, il arriva plusieurs fois au Roi de venir nous surprendre dans nos hangars. Sa Majesté, ne nous ayant pas fait prévenir, arrivait à pied par la route droite, bordée de saules, de ce coin perdu des Flandres maritimes.

       Un avion anglais étant un jour tombé par là, le Roi, courant à travers champs, sautant les fossés larges et nombreux avec une souplesse extraordinaire, fut le premier sur place pour tenter de porter secours.

       Dois-je rapporter ici cette anecdote véridique que j'ai contée dans mon livre de Mémoires[2] : le commandant Jacquet habitait une ferme toute proche du terrain ; sa femme y habitait aussi, malgré les règlements militaires qui interdisent à une femme de suivre son mari en temps de guerre. Un jour que Jacquet passait une heure de liberté dans le jardin de la ferme auprès de sa femme, le roi vint à passer. Surpris, Jacquet suivit l'impulsion de sa franchise naturelle :

       - Sire, dit-il, Votre Majesté me prend en défaut : je suis ici avec ma femme.

       - Moi aussi, répondit le Roi, je suis ici avec la mienne.

       Et depuis la fin de la tourmente, le Roi a montré une égale sollicitude aux aviateurs et à l'aviation. Ne recevait-il pas récemment, au château de Laeken, les membres du club Roland-Garros[3] ? Mais sa clairvoyance le conduisit à user mieux encore de son influence, et l'aéronautique belge lui doit beaucoup !

       Hélas! le 17 février 1934, un grand ami de l'aviation est mort !

Willy Coppens de Houthulst.



[1] « L’Illustration » de février 1934.

[2] Jours envolés, dont L'Illustration a rendu compte et dont elle tient à rappeler l'exceptionnel intérêt et la valeur.

[3] L’active section de tourisme de l'Aéro-Club de France. (N. D. L. R.)



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