Médecins de la Grande Guerre

L'exode d'un million de Belges en Hollande

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L'exode d'un million de Belges en Hollande

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Août 1914. Arrivée en Hollande de deux vieillards sauvés de l'incendie de Visé par la Croix-rouge hollandaise.

Octobre 1914. Aux frontières, un soldat hollandais pousse une brouette sur laquelle une femme belge a entassé tout son avoir et ses enfants.

Octobre 1914. Dans les rues de Roosendaal, prêtres et militaires hollandais s'efforcent de procurer un gîte aux fugitifs belges.

Octobre 1914. Devant la gare de Bergem-op-Zoom, des milliers de réfugiés belges attendent les trains qui les transporteront gratuitement vers l'intérieur du pays.

Octobre 1914. Repas servi aux réfugiés belges dans la salle de la Bourse aux diamants à Amsterdam.

Octobre 1914. Dortoir improvisé dans la halle aux oeufs de Amsterdam.

Août 1916. Funérailles à Rotterdam du major Diegerick de l'armée belge.

Septembre 1917. A la gare de Roosendaal, les enfants belges et français arrivés des pays occupés sont reçus et restaurés par des dames belges et hollandaises.

Août 1916. Le camps d'internement à Zeist.

A Nunspeet, chaque tente abrite seize internés

Le camp d'internement d'Hardewyck

La Reine Wilhelmine visite une école ouverte aux enfants des réfugiés

L'exode - Sur un million deux cent mille Belges réfugiés en Hollande, neuf cent mille sont rentés dans leurs foyers (mars 1915)

Un groupe de réfugiés à Maaestricht

Civils fuyant l’invasion (peinture de Jack Richard 1866-1959)



Le camp de Zeist. (voir l'article : L'exode d'un million de Belges en Hollande.)

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Jeux pour passer le temps

L'heure du bain

Camp Albert

Corps de garde

Déchargement des wagons

Déchargement des wagons

Corps de garde

L'heure du bain

Dans le camp

Une autre vue du camp

Pose pour la photo

Camp Albert

Promenade

L'heure de fourrager les pommes de terre

Appel du midi

Arrivée du train militaire

Coiffeur

En fête à l'occasion de l'anniversaire de sa Majesté le Roi Albert I (8 avril 1916)

Chemin principal du Camp I

Il y a une fête à la plaine des sports

Concours de natation par les internés dans le port d'Harderwijk

L'heure du bain

Dans le camp

Au camp de Zeist devant un baraquement.

Reportage de Michel Bailly paru dans le journal Le Soir du lundi 19 décembre 1988

Quelque 140.000 Belges dont 40.000 militaires (1) ont vécu le temps de la guerre 14-18 dans des camps ou dans des conditions de fortune  aux Pays-Bas. L'invasion allemande (...) avait jeté près d' un million de nos compatriotes vers la frontière néerlandaise. Beaucoup de ces réfugiés rentrèrent bientôt chez eux. Le gouvernement hollandais, débordé par cet afflux inattendu et préoccupé de sauvegarder sa neutralité, les y encouragea fortement (2). Les civils, qui ne repassèrent pas la frontière vécurent dans des conditions précaires. Le sort des militaires belges fut encore plus rude. Les autorités néerlandaises les désarmèrent et les internèrent dans des agglomérats de tentes puis de baraquements (3). La plupart de ces réfugiés furent regroupés à Amersfoort, à une trentaine de kilomètres au nord d'Utrecht et, dans la même région, à Harderwijk et à Zeist.


Octobre 1914. Aux frontières, un soldat hollandais pousse une brouette sur laquelle une femme belge a entassé tout son avoir et ses enfants.

Septante ans après la fin de la grande guerre, plusieurs expositions, à Amersfoort et à Hardewijk, illustrent, actuellement, ces péripéties insolites, souvent marquées de déréliction et de tristesse .Elles sont, de nos jours, rarement évoquées. La principale raison en est qu'elles furent enrobées de polémiques, enracinées dans un contentieux belgo-néerlandais, aujourd'hui totalement apuré.

(...)

Des écoles pour les réfugiés civils...

Dès que fut dépassé le chaos initial provoqué par l'afflux de réfugiés, la vie s'organisa et  un Bureau central belge du travail pour les Pays-Bas fut implanté à Amsterdam. Fut également créé une Commission administrative centrale des écoles professionnelles qui proposa une initiation technique aux réfugiés belges. Des écoles d'enseignement général s'adressaient aux enfants et même aux adultes belges. Les chroniqueurs néerlandais aujourd'hui notent avec fierté que cet enseignement arracha 7.000 belges aux obscurités de l'analphabétisme!

Des professeurs belges élaborèrent un réseau de cours universitaires à l'intention  de leurs compatriotes. Bientôt, cependant les candidats à l'enseignement supérieur furent autorisés à fréquenter les universités néerlandaises.

Des révoltes dans les camps des internés militaires...

Le régime dans les camps d'internés militaires, fut, dans les premiers temps très rigoureux (4). Les suicides furent anormalement nombreux de même que les évasions. Les Néerlandais craignaient que le confort, qui aurait été offert aux militaires belligérants, indisposât aussi bien le gouvernement belge que la cour impériale d' Allemagne.

En décembre 14, un fort groupe d'internés militaires belges attaqua ses gardiens à coups de pierres. Des soldats hollandais ouvrirent le feu sur les mutins en tuant neuf et en blessant une vingtaine. "Que les visiteurs étrangers ne s'y trompent pas, nous disait le conservateur du Veluws Museum à Hardewijk.  S'il existe un cimetière belge, abondamment peuplé, dans les environs de cette commune, ces tombes, toujours visibles, ne sont pas toutes celles de rebelles, victimes de la répression militaire! La maladie et la vieillesse furent, comme partout, les causes de l'immense majorité des décès..."

La déception de ceux, qui avaient rêver de mener en Hollande une vie préservée de tous les soucis et répercussions de la guerre, explique les révoltes et les rancunes. Par ailleurs, la réalité plus austère conduisit le plus grand nombre à s'adapter. Des réfugiés belges acceptèrent de travailler dans les entreprises néerlandaises (5). Et malgré les heurts, ce fut Omer Buyse, directeur de la Commission administrative des écoles professionnelles pour les internés belges, qui prit l'initiative d'élever à Amersfoort, un monument des Belges qui serait à la fois un signe de reconnaissance à l'égard de l'hospitalité néerlandaise et un instrument de mémoire pour les souffrances endurées par les réfugiés belges. Les plans du monument furent dessinés par l'architecte belge Huib Hoste. Des bas-reliefs, illustrant les misères de l'exil, furent réalisés par Charles Vermeire, François Gos et par le sculpteur Hildo Krop. La Commission administrative signifia d'emblée à la municipalité d'Amersfoort sa volonté de transférer à celle-ci la propriété du monument. Cependant, les édiles locaux se firent tirer l'oreille! Une cérémonie solennelle de remise devait avoir lieu en 1922. elle fut décommandée car la Belgique tardait à payer les 53 millions de florins que les Pays-Bas réclamaient pour se dédommager d'avoir entretenu les internés militaires belges durant 4 ans. L'irritation à ce sujet ne s'éteignit qu'en 1938.

Le peintre belge de renom, Rik Wouters, mort à Amsterdam en 1916, s'est beaucoup inspiré dans ses oeuvres, de son exil hollandais et de celui de ses compatriotes. Une exposition lui est réservée à la galerie De Zonnehof à Almersfoort. D'autres artistes belges tels Louis Raemaekers, Léo Gestel, Alfred Host, et Jan Sluijters sont représentés par leurs travaux au Flehite Museum, également à Amersfoort dont le service des archives, près de l'hôtel de ville, abrite, en outre, une exposition vouée au monument des Belges. Cependant en marge des noms plus ou moins célèbres, s'accumulent, tant à Amersfoort, qu'à Hardewijk, les ouvrages de réfugiés obscurs qui trompèrent leur nostalgie en sculptant le bois ou le métal, en griffonnant des dessins malhabiles et désolés. Ces inspirés de l'ombre et de la tristesse auront, avec tous leurs camarades, exploré des mésaventures qui nous paraissent insolites aujourd'hui, celles de citoyens qui espérèrent vivre en paix sinon confortablement, en marge d'une guerre mondiale. La première. Au sortir du cataclysme, ils firent figures de revenants d'une autre planète, qui n'avaient pas joué le jeu sanglant de la guerre totale et universelle.

(1) De ce nombre, sept mille militaires s'échapperont finalement des camps d'internement hollandais pour rejoindre l'Angleterre et de là, l'armée belge derrière l'Yser.

(2) En novembre 1914, il y avait encore 323.000 réfugiés. En décembre 1914, ce nombre s'élevait à 200.000. En mai 1915, il n'y avait "plus" que 105.000 réfugiés, chiffre qui se maintint jusqu'à la fin de la guerre..

(3) Les Hollandais internèrent  33.105 Belges dont 406 officiers, des Anglais dont 139 officiers, 1.461 Allemands dont 68 officiers, 8 Français dont 5 officiers et 4 officiers américains.

(4) Des épouses des militaires belges internés rejoignirent la Hollande pour se rapprocher de leur mari. On créa pour elles dames 7 "vrouwendorpen" (villages de femmes) :

Près d'amersfoort: Albert'dorp, Elisabeth-dorp, Nieuwdorp.
Près d'Hardewijk: Leopoklds'dorp, Heidekamp
Près de Gaasterland: Boschkant
Près d'Oldebrock: Moensdorp

Les militaires internés qui avaient la chance d'avoir leur épouse présente dans un "village de femme" bénéficiaient régulièrement de congé.

(5) Des militaires internés eurent aussi l'occasion de travailler en Hollande. Le premier septembre 1918, sur 31.256 militaires internés on   comptait  11.432  travailleurs en équipe dans des dépôts (port de Rotterdam et mines du Limbourg) et 3.012 travailleurs  isolés. Il y avait donc à la fin de la guerre près d'un interné sur deux  qui avait été mis au travail.



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