Médecins de la Grande Guerre

Les docteurs Fleming et Carrel, pionniers de la lutte contre la gangrène.

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Les docteurs Fleming et Carrel, pionniers de la lutte contre la gangrène.

Le docteur Sir Alexander Fleming.

Le docteur Sir Alexander Fleming assis dans son laboratoire en 1954. (photo reporter)

Alexis Carrel médecin major pendant le Première Guerre Mondiale.

Le docteur Alexis Carrel dans son laboratoire du Rockfeller Institute à New-York en 1935. (photo Malvina Hoffman)

Le docteur Alexis Carrel à Saint-Gildas.

Anne Carrel à la fin de sa vie.

Les docteurs Fleming et Carrel, pionniers de la lutte contre la gangrène

 

     Né le 28 juin 1873 dans la région de Lyon, Alexis Carrel, l’aîné de trois enfants, n’a pas cinq ans quand son père décède. Après une jeunesse plutôt dorée, il entame à la faculté de Lyon des études de médecine qui seront interrompues par un service militaire aux chasseurs alpins. Plutôt petit, 1mètre 65, des yeux pétillants à la particularité étrange : l’un bleu, l’autre marron. Alexis est vite passionné par l’anatomie et travaille dans le laboratoire du célèbre professeur Testut. Il devient rapidement un des meilleurs étudiants dans le domaine de la dissection ! En 1894, l’attentat contre le président Carnot le marque profondément : le poignard du meurtrier avait sectionné la veine porte du président et les chirurgiens ne purent rien tenter pour le sauver. Les carabins commentèrent cet événement avec passion et conclurent qu’il était impossible de suturer les vaisseaux. Alexis Carrel avait cependant un avis opposé et se mit en tête qu’il fallait apprendre aux chirurgiens à recoudre les vaisseaux du corps aussi bien que les autres tissus. Après réflexion, il affirma qu’il suffisait de revenir au point perforant, qui avait été abandonné pour le point non perforant nommé « à la Lambert » qui avait permis la chirurgie gastro-intestinale. Il fallait aussi trouver des aiguilles assez fines et du fil assez ténu. Il décida d’expérimenter sa technique et rechercha les aiguilles adéquates. Les fabricants d’instruments chirurgicaux se dérobaient à ses demandes, quand il apprit par sa mère qu’il trouverait peut-être l’objet désiré chez ces Messieurs Assada qui dirigeaient une vieille mercerie en gros à Lyon. C’est effectivement là qu’il trouva les aiguilles de dentellière qui lui permirent de commencer ses prestigieuses anastomoses vasculaires dans le laboratoire du professeur Soulier. En 1901, il passa sa thèse de doctorat sur le goitre cancéreux puis travailla dans un petit dispensaire réservé aux accidents de travail où il se consacra à la traumatologie. C’est pendant cette période qu’il présenta deux fois l’examen pour devenir chirurgien mais à chaque fois il échoua ! En1903, il convoya des malades à Lourdes et fut témoin d’une guérison, celle de la petite Marie Bailly qui souffrait de péritonite tuberculeuse. De retour à Lyon, Carrel publia son observation dans la presse et suscita de nombreuses oppositions : un membre du clergé lui reprocha sa tempérance car Carrel ne parlait pas de miracle mais de guérison inexpliquée. Ces critiques et les deux échecs subis à l’examen d’entrée au « chirurgicat » le décidèrent à quitter Lyon pour rejoindre Paris afin de réfléchir à son avenir. Carrel ne resta cependant pas oisif dans la capitale et suivit à l’université des cours dans les matières les plus diverses. C’est à cette époque aussi qu’il commença une vie ascétique, peut-être en réaction aux défaillances morales qu’il constatait dans la vie parisienne. Déçu de sa patrie, Carrel prend la décision de larguer les amarres et de tenter l’aventure de l’autre côté de l’océan. Malgré le chagrin de voir s’éloigner d’elle son fils, Madame Carrel soutint ses projets. Ignorant l’anglais, sans relations sur place, Carrel s’embarqua pour le Canada en mai 1904. A Montréal, il alla sonner à l’Hôtel-Dieu et fit connaissance des médecins qui bientôt l’invitèrent à travailler avec eux. En juillet, au deuxième congrès de médecine de langue française d’Amérique du Nord, il fit sensation avec une communication sur les anastomoses vasculaires. Il décida alors de continuer son voyage d’exploration en traversant le Canada puis en revenant vers l’Ouest par les Etats-Unis. Fin novembre, il fut engagé par l’université de Chicago pour travailler au Hull Physiological Laboratory. En avril 1905, il fut invité à se rendre à Baltimore à la Johns Hopkins University pour y donner une conférence. Il remporta un franc succès et conquit l’amitié du célèbre chirurgien Harvey Cushing. Il revint à Chicago par New-York. La chance l’attendait dans les bâtiments en construction de la Rockefeller Institution. Sur les terrasses où on allait installer les départements d’expérimentation animale, il rencontra par hasard Simon Flexner, le directeur de l’institution. Quelques mois plus tard, en octobre 1906 Simon Flexner se souvint de Carrel en lisant une courte note qu’il avait publiée dans « Science » le 13 octobre 1905, à propos de la transplantation d’un rein sur le chien. Flexner décida alors d’engager Carrel. Parti pour l’Amérique à l’aventure, Carrel se retrouvait enfin dans un milieu propice à son épanouissement intellectuel.

     Jusqu’en 1914, Carrel travailla d’arrache-pied au Rockefeller Institute. Rockefeller consacra plus de 500 millions de dollars à des œuvres diverses. Une de celles-ci fut l’institut dédié aux études médicales qui porta son nom. A la tête de son département de chirurgie expérimentale, Carrel put réussir de véritables prouesses en développant des techniques de greffes de vaisseaux artériels et d’organes, et par après en développant la culture des tissus ! Bien que ne travaillant pas à l’hôpital, il put un jour appliquer sa dextérité sur un enfant. Une nuit, le 17 janvier 1909, un drame douloureux se déroulait autour d’un nouveau-né atteint d’hémorragies. Il fallait absolument le transfuser de bras à bras avec son père. Transfuser un nouveau-né, cela ne s’était jamais vu : les vaisseaux d’un nouveau-né étaient bien trop petits. Les chirurgiens appelés au chevet de l’enfant eurent alors l’idée d’appeler Carrel. Après tout, les veines d’un chat ne sont pas plus grosses que celles d’un bébé. On courut donc chercher Carrel. Sans anesthésie, un chirurgien dégagea la petite veine poplitée du bébé tandis qu’on dégageait l’artère radiale du père. Muni de l’aiguille la plus menue et d’un fil fin comme un cheveu, Carrel unit l’artère du père à la veine de l’enfant ! Les clamps enlevés, on put voir rapidement les oreilles de l’enfant se recolorer ! Bientôt, l’enfant émit des cris : il était sauvé ! Cette aventure médicale fut contée dans le «Journal of the American Medical Association » du 14 mai 1910.

     Carrel décida de rentrer en France en 1908. Après cette date, il prit l’habitude de rentrer au pays chaque année. De 1909 à 1912, il se rendit quatre ans de suite à Lourdes afin d’alimenter sa réflexion sur les guérisons. En 1910, un enfant de 18 mois né aveugle recouvra la vue. Quand Carrel l’aperçut il était dans les bras d’une infirmière. C’était Madame de la Meyrie, jeune veuve ayant un enfant. Carrel fut conquis par la jeune infirmière qui devint sa femme en 1913.

     En 1912, Carrel fit faire un progrès tout à fait remarquable à la science médicale. Alors que les chercheurs s’étaient jusque là vainement efforcés de maintenir vivant des morceaux de tissus en dehors de l’organisme,-comme par exemple un tissu provenant du cœur d’un embryon de poulet-, ce fut le docteur Carrel qui le premier réussit à empêcher la mort tissulaire de survenir ! Les tissus, conservés dans des vases spéciaux avec des précautions d’asepsie considérables,-car un seul microbe suffit à infecter la culture et à la tuer-, étaient nourris avec un milieu nutritif à base de jus d’embryon. Pour cette découverte, le docteur Carrel reçut le prix Nobel en 1912. Voilà Carrel consacré savant illustre ! Il se maria le 26 décembre 1913 avec Madame de la Meyrie. Le couple s’installa dans son nouveau domicile de New-York et acheta une automobile. Carrel était si distrait qu’il prenait souvent les rues à sens interdit. Il lui arrivait aussi de rouler sur les trottoirs. Les agents de police l’appréhendaient mais se radoucissaient dès qu’ils avaient connaissance de l’identité du conducteur. Quand il s’avéra qu’il était incorrigible, ce fut sa femme qui prit le volant. Par après quand le couple habita Middle-Town, ils se passèrent de voiture et jamais plus Carrel n’en acheta.

     La première guerre mondiale éclata alors que les Carrel se trouvaient en congé en France, et Alexis reçut son ordre de mobilisation. Mis à la disposition du médecin inspecteur général du service de santé Paul Chavasse (à ne pas confondre avec son homonyme le médecin britannique Noel Godfrey Chavasse, ayant mérité une double Victoria Cross), il lui proposa de réaliser un hôpital modèle, avec l’aide de la Rockefeller Foundation.

     Le 5 décembre 1914, il visita la clinique Jeanne d’Arc à Calais. Il y rencontra son confrère le docteur Depage, qui l’invita à visiter le futur hôpital de l’Océan à La Panne. Cette visite fut effectuée le 13 décembre 1914, date à laquelle les ouvriers posaient le chauffage central. La Reine Elisabeth reçut ensuite le célèbre prix Nobel dans sa villa. Le 25 décembre 1914, Carrel visita le front français à Sainte-Menehould, et notamment les hôpitaux tenus par le docteur Pauchet et le docteur Lapointe, dans lesquels il note que les pansements stérilisés datent de 1894, qu’il n’y a pas de chauffage, pas d’autoclave pour la stérilisation, ni d’infirmiers capables. Le 26 décembre, il rencontre Bunau-Varilla, officier d’ordonnance du général d’armée Gérard et visita le front d’Argonne, notamment l’hôpital militaire de Clermont-en-Argonne, installé dans un hospice de vieillards tenu par les petites sœurs de Saint-Vincent-Paul mais dans lequel il n’y avait pas d’appareil de stérilisation. Le 27 décembre, Carrel visita les Islettes: malpropreté des salles, pas de champs opératoires, pas de seaux. Les pansements enlevés étaient jetés à même le plancher. Il y régnait une odeur repoussante. La gangrène gazeuse abondait et les amputations ne sauvaient que peu de malheureux. Le 28, il visita l’hôpital militaire de Verdun. De cet inventaire complet des hôpitaux de première ligne, les conclusions furent sévères. Faute de directives et de méthodes, chacun agissait à sa guise. Un médecin préconisait la solution de sel de cuisine; l’autre embaumait; l’un versait de l’alcool à flots, l’autre l’éther si rare et si précieux, un troisième de la teinture d’iode. Une équipe de médecins-majors plongeait même des fers rouges au fond des plaies. C’était la confusion la plus absolue.

     De retour à Paris, Carrel obtint de s’installer à 14 kilomètres des tranchées à Compiègne. Il fit en sorte que Dakin vienne s’occuper incessamment de la partie chimique des travaux projetés. C’était Simon Flexner, le directeur de la Rockefeller Institution, qui avait aidé Carrel en découvrant cet oiseau rare. Henry Drysdale Dakin était un Anglais qui travaillait depuis des années aux laboratoires Christian Herter à New York. Il voulait servir sa patrie mais son âge ne lui permettait plus d’être combattant. Dakin s’installa provisoirement dans le service du docteur Tuffier, dans l’hôpital du Vieux Beaujon qui se trouve au faubourg Saint-Honoré. Dans le laboratoire de Dakin seront testés tous les antiseptiques possibles et leur toxicité sur les cellules vivantes, au moyen de petits fragments d’éponge imbibés du produit et insérés sous la peau des cobayes.

     A proximité de Compiègne, sur le bord de la forêt, dans l’hôtel de luxe, tout neuf, du Rond Royal (relais de Louis-Philippe et de Napoléon III) qu’on avait réquisitionné, le lieu choisi donnait toute satisfaction. Les poilus hospitalisés ne tarirent pas d’éloges à l’égard de Monsieur « Roquefellaire ». La grande originalité de l’Hôpital temporaire N° 21 consistait en une très importante section de laboratoire (chimie, bactériologie, expérimentation, radiologie) que subventionnait la Rockefeller Foundation. Le reste de l’hôpital appartenait au Service de santé militaire mais relevait directement du ministre qui l’avait accrédité auprès de l’armée. Cette situation exceptionnelle était identique à celle de l’hôpital belge de l’Océan qui relevait aussi de deux organismes différents ( Croix-Rouge et Service de Santé). Et à La Panne, comme à Rond Royal, cela ne manqua pas de provoquer frictions et jalousies. Les premières admissions eurent lieu le 14 mars 1915. Carrel choisit lui-même ses collaborateurs. Un groupe de 15 infirmières, parmi lesquelles de nombreuses Suissesses ayant travaillé à Berne chez le professeur Koch, répondait aux ordres de Madame Carrel et de Mlle Weilemann. Quant à Madame Post, la mécène américaine, elle servait d’assistante sociale et comblait les blessés de douceurs. Une ancienne infirmière évoque les souvenirs que le docteur Carrel lui inspirait à cette époque: Le docteur Carrel venait l’après-midi dans la salle d’hospitalisation pour examiner le pansement de tel grand blessé et voir si les drains étaient bien disposés. Il était très méticuleux et rarement satisfait. Il entrait brusquement par la porte du jardin et allait aussitôt vers le lit qui l’intéressait. Assez rarement, il assistait aux pansements qui étaient toujours faits par les chirurgiens. Une fois, un blessé le prit pour un prêtre, car toujours vêtu qu’il était d’une blouse noire et portant sur la tête une petite calotte blanche[1].

     Et voici le récit d’un des médecins: La figure pleine, ronde, rasée, qui faisait dire de bonne foi à un visiteur le voyant revêtu de sa blouse habituelle: « C’est votre aumônier? » L’abord était facile, l’attitude, le geste simples et sobres, la voix un peu sourde et continue. Bientôt, les yeux brillaient derrière le lorgnon, le visage s’animait, une moue se dessinait par instants qui soulevait la lèvre inférieure; il cherchait quoi obtenir de l’interlocuteur. Mais c’était justement sa force que d’avoir, en même temps qu’une confiance entière en la technique, la faculté de tout voir sous un angle nouveau, et l’idée féconde que des notions élémentaires, tenues pour définitives, sont souvent celles qui demandent révision. Tous les matins avait lieu une visite longue et détaillée par le chirurgien de service. Dans les plaies examinées minutieusement, celui-ci répartissait lui-même les tubes d’irrigation et procédait aux prélèvements bactériologiques. Carrel se tenait en arrière du groupe toujours nombreux des visiteurs, en longue blouse noire et calotte blanche, causant avec l’un ou l’autre, s’approchant pour regarder une blessure qui l’intéressait particulièrement et, retirant alors son lorgnon (…) et se penchant, le nez presque sur la plaie[2].

     Ce qui retenait surtout l’attention du docteur, c’étaient les essais faits avec différentes substances antiseptiques. Des pages et des pages de son cahier s’emplissaient d’observations et celles faites dans son hôpital ne lui suffisaient pas…Il partait donc parfois à l’avant pour recueillir des blessés, observer et animer le zèle des chirurgiens des postes avancés. Ces incursions n’étaient pas sans dangers et pour l’une d’entre elles, il note : Tirs d’artillerie auxquels j’assiste dans les tranchées. Un de mes chauffeurs est tué par un obus…Un autre blessé…

     Le docteur Chavasse, Inspecteur général du Service de Santé français, choisit un moment d’absence de Carrel pour visiter son hôpital. Ce fut un drame. Chavasse se montra très critique et en même temps très maladroit en confondant le laboratoire de Dakin avec la cuisine de l’hôpital! Le pauvre Dakin en vit d’autres : le capitaine Cartier, chef du deuxième bureau de la 6ème armée lui refusa un permis pour suivre dans l’ambulance de Francpont, l’application des substances 30 et 132. Toujours des mesquineries dues au fait que l’Ambulance Carrel était imposée par le Ministère mais non reconnue par le général Joffre.

Cependant, malgré les difficultés, la méthode Carrel-Dakin fut finalisée à la fin du mois de mai. La réputation du Rond Royal s’étendit alors partout sur le front et même à l’étranger. Cushing, le grand chirurgien américain qui exerçait son art derrière l’Yser lui rendit visite. Le bactériologiste Almroth Wright, qui travaillait dans un hôpital anglais de Boulogne-sur-Mer le visita aussi et s’il contesta d’abord les résultats de Carrel, il les cautionna finalement après avoir refait avec son collègue Flemming certaines expériences.

Incontestablement donc, le traitement Carrel-Dakin sauva des vies. Après avoir essayé plus de 200 substances, le choix s’était finalement porté sur l’hypochlorite de soude. Pour maintenir la plaie en contact continu avec l’antiseptique, à partir d’un flacon surélevé, la solution se répartissait grâce à des peignes de verre à plusieurs branches, dans de petits tubes en caoutchouc perforés en pomme d’arrosoir qu’on plaçait dans la plaie. La peau à l’entour était protégée par des compresses de gaze vaselinée. Tout le matériel avait été construit par la firme Gentile. La surveillance du goutte à goutte exigeait beaucoup de temps et un personnel de qualité. Cette condition ralentissait la vitesse de diffusion de la technique au front.

L’hôpital de Carrel était aussi à l’avant-garde pour d’autres techniques : cerceaux chauffants, perfusions de liquide, transfusions de sang (d’artère à veine avec la canule d’Elsberg, puis avec des seringues paraffinées, puis avec du sang citraté), appareils à suspension de Miss Gassett, examens bactériologiques des plaies tous les deux jours…On suivait même l’évolution des plaies par des photos en couleurs. La jalousie devant le succès de Carrel ne tarda pas à s’accroître et les blessés du front furent évacués vers d’autres hôpitaux que le sien. En septembre 1915, Carrel ne reçut que cinq blessés dont trois légers. En février 1916, même incident à cause du sabotage du médecin-chef du triage à Compiègne. A l’Académie de Médecine et à la Société de Chirurgie de Paris, le ton fut peu académique durant les débats qui se tinrent entre octobre 1915 et février 1916. Des médecins éminents comme Chaput, Broca et Hartmann ridiculisèrent la méthode Carrel. Ce dernier n’entra pas dans une longue polémique : il se contenta de répondre sèchement dans la préface du livre qu’il écrivit avec Dakin en 1916 et dans les « Archives de médecine et de pharmacie militaire » [3]: Les théories et les expériences publiées ces derniers mois à l’Institut, à l’Académie de Médecine et à la Société de Chirurgie, nous ont appris que les antiseptiques ne pouvaient pas stériliser les plaies. Un professeur de l’Université de Paris a même démontré aux membres de l’une de ces sociétés savantes que non seulement, les antiseptiques ne tuaient plus les microbes, mais qu’ils favorisaient leur développement. Cependant les plaies, au lieu de suivre cette doctrine, ont continué à se stériliser sous l’influence des substances. Ce n’est pas la première fois dans l’histoire de la médecine que des faits ont démenti les théories basées sur des données expérimentales insuffisantes ou erronées. Il faut donc écarter l’esprit de système et regarder la réalité.

     Carrel trouva cependant des confrères qui croyaient en sa méthode comme Samuel Pozzi, Théodore Tuffier et le célèbre docteur Depage à qui il rendit une visite en 1916. C’est au cours de cette visite qu’il reçut du roi Albert la médaille d’officier de l’Ordre de Léopold. Carrel récompensa le docteur Depage de son soutien inconditionnel. Il parvint à ce que la Rockefeller Fondation subsidie un laboratoire de recherche à l’hôpital l’Océan : ce sera l’Institut Marie Depage.

     Quant à Dakin, il fut directement sollicité par le ministre de la Marine britannique Balfour pour enrayer le fléau de la gangrène gazeuse à Gallipoli. Il rentra de sa mission très fatigué, ayant contracté des fièvres, et assez désabusé, reprochant à Carrel de prendre trop le mérite de la découverte!

     Carrel continua à réfléchir à de nouvelles améliorations en chirurgie de guerre. Il s’entoura d’un architecte américain, Charles Butler, qui venait de débarquer à Paris, désireux de s’engager comme chauffeur d’ambulance. Avec ses conseils, il réalisa les plans d’un hôpital mobile : il conçut le premier modèle de l’autochir légère, une petite merveille pour l’époque, avec ses autoclaves, ses groupes électrogènes, son laboratoire portatif, ses salles d’opération démontables, etc. Elle fut détachée en Soissonnais en octobre 1917, avec comme chirurgien le docteur H.Woimant. Carrel y allait parfois en visite, comme il continuait ses visites à Verdun, dans les hôpitaux du secteur anglais et chez le docteur Depage. Il proposait son expérience sur le terrain et ses recommandations aux autorités souvent sans succès… « J’ai l’impression depuis 18 mois de vivre une comédie de Molière. Je suis fatigué des personnages à la fois grotesques ou tragiques que j’ai dû côtoyer… » Ce fut peut-être cette lassitude qui le poussa à retourner aux Etats-Unis en 1917, acceptant la mission d’initier les chirurgiens américains aux problèmes de la chirurgie de guerre. Avec son ami Charles Butler, il avait conçu et édifié, sur les terrains mêmes du Rockefeller Institute, un hôpital de démonstration et d’enseignement avec les mêmes baraques préfabriquées que celles employées en France. Au cours de cette période, Carrel eut de longues conversations avec le célèbre chirurgien Charles Horace Mayo sur le traitement de la péritonite, et il se remit à étudier la télépathie, matière dans laquelle son épouse excellait.

     Au printemps 1918, Carrel fut de retour en France, en plein offensive allemande de Ludendorff. Trop près du front, son hôpital fut bombardé à plusieurs reprises et c’est avec grande déception qu’on dut l’évacuer. Le docteur Daufresne fut le dernier à quitter l’hôpital, brandissant une bouteille sauvée des décombres du laboratoire: « le premier échantillon de la solution de Dakin ». L’hôpital fut réinstallé à Lagny-sur-Marne dans le château de Monsieur Menier. Le travail reprit, ainsi que les nombreuses visites de Carrel aux cliniques de l’avant. L’armistice signée le 11 novembre 1918, Carrel voulut poursuivre ses travaux sur l’importance de la masse sanguine, sur les qualités que devrait avoir un bon liquide de remplacement, ainsi que sur l’équilibre des acides et des bases dans le sang, On lui fournit à Saint-Cloud des baraques de bois qu’il occupa jusqu’au 15 décembre, date à laquelle il termina ses travaux. Le 15 janvier 1919, Carrel reprit sa vie de chercheur aux Etats-Unis. Lever de grand matin, à 5 heures et demie ou 6 heures, promenades à pied de deux miles autour du « réservoir » de Central Park. Petit déjeuner et départ pour l’Institut. Le soir, son dîner dont il faisait lui-même le menu était si monotone que madame Carrel s’en plaignait ! Puis travail et lectures. Il se couchait à une heure avancée de la nuit et dormait très peu. Il serait trop long ici de détailler toutes les études auxquelles il se livra mais il suffit de dire qu’il fut le premier au monde à développer un cœur artificiel. Le docteur Paluel Flagg, qui soigna Madame Lindbergh lors de la naissance de ses enfants, avait fabriqué un appareil pour la respiration artificielle des nouveaux-nés. Lindbergh, passionné de mécanique, ne put s’empêcher de se faire expliquer la marche de la machine. Comme une de ses parentes était atteinte d’insuffisance cardiaque, Lindbergh se demanda alors s’il n’était pas possible de fabriquer un cœur artificiel. Le docteur Flagg introduisit alors Lindbergh auprès de Carrel qui accepta le défi. Malgré la conjonction d’avantages exceptionnels, il fallut à Lindbergh cinq ans de travail acharné pour réaliser son modèle. On exécuta plus de mille expériences, ce qui représenta cent mille heures de perfusion, mais en août 1936, au congrès de cytologie expérimentale, le modèle fut présenté. Ce modèle permit d’explorer un nouveau champ d’investigations en chirurgie cardiaque mais la survenue de la deuxième guerre mondiale fit de l’ombre à cette innovation prometteuse.

     Entre les deux guerres, le grand chercheur se pencha de plus en plus sur les principes éthiques, philosophiques et même religieux qui devraient idéalement guider l’homme de façon rationnelle vers son plein épanouissement. Il publia en 1935 un livre qui résume ses réflexions. « L’homme cet inconnu », traduit en plus de vingt langues, sera lu par toute une génération d’étudiants de tous les pays. Véritable best-seller ce livre fait le point sur les connaissances physiologiques ayant trait à l’homme. Carrel y va aussi de ses convictions : selon lui, l’existence humaine devrait être gouvernée par trois principes dictés par les lois de la nature et de l’évolution : la conservation de la vie, la transmission de la vie et le développement de l’esprit. Carrel lance un cri d’alarme à ses compatriotes : ni le libéralisme, ni le marxisme n’observent ces trois principes. Pour lui, il est grand temps de créer les bonnes conditions au développement physique et psychique de l’homme si on ne veut pas aboutir à la décadence inexorable de la civilisation occidentale. Quand on relit Carrel en 2008, on s’aperçoit que son message reste actuel. Un bémol cependant : les dernières pages de son livre dénaturent son propos en insistant sans nuance sur l’utilité de la peine de mort pour se protéger des êtres inutiles et nuisibles ! Carrel, déformé par l’eugénisme à la mode dans le monde scientifique de son temps, est aussi sans doute influencé par la mentalité de ce grand pays qui l’a si bien accueilli ! Il se trompe pourtant très lourdement. On voudrait en savoir plus et connaître les souffrances, les évènements, les influences qui s’exercèrent sur lui pour en arriver à de telles conclusions. Fut-il mis un jour au courant de l’euthanasie des malades mentaux en Allemagne? Qu’en pensa-t-il? Rappelons qu’entre le premier septembre 1939 et le 24 octobre 1941, l’euthanasie fut pratiquée sur un grand nombre de malades mentaux séjournant dans les institutions allemandes. « Aktion 4 », ainsi se nommait l’opération, fit 70.273 victimes ! Une chose en tout cas est certaine, dont Carrel ne fait pas assez mention : la grandeur de l’homme, la montée de l’esprit reposent aussi et surtout dans sa capacité, son courage, sa volonté de ne pas abandonner les plus faibles, les inutiles à leur triste sort.

Durant les années de guerre, Carrel avait approfondi sa foi avec son ami le Père Alexis. Il rédigea un livre sur la conduite de la vie qui ne fut publié qu’après sa mort. Les dernières lignes de ce livre semblent avoir été écrites pour remplacer les dernières pages de son best-seller «L’homme cet inconnu» : Devant ceux qui font parfaitement leur métier d’homme, la route de la vérité s’ouvre toujours. Sur cette voie royale, les pauvres aussi bien que les riches, les malades et les débiles comme les forts, les incroyants comme les croyants, sont indistinctement conviés à s’avancer. Et, s’ils acceptent cette invitation, ils sont sûrs d’accomplir leur destinée, de participer à l’œuvre sublime de l’évolution, de hâter la venue du règne de Dieu dans le monde terrestre. Et d’avoir, par surcroît tout le bonheur compatible avec la condition humaine.

     En 1940, Carrel revint en France, pensionné et désireux de mettre une nouvelle fois ses compétences au service de son pays. Il se mit en rapport avec le gouvernement de Vichy et obtint l’autorisation et le subside pour créer à Paris une Fondation pour l’étude des problèmes humains. Peu importe, finalement, le sort des batailles futures : ce qu’il faut, selon Carrel, c’est préparer les temps futurs et réunir des savants pour étudier l’Homme dans sa globalité et pouvoir ensuite proposer aux gouvernants les mesures susceptibles de développer les potentialités humaines. C’est ainsi que la Fondation mena des travaux sur le problème de l’enfant, de son éducation, des conditions de son développement harmonieux, et sur le problème du travail et de ses implications sur la santé physique et mentale. L’idée de Carrel était juste, bonne et féconde mais elle survenait trop tôt et Carrel avait eu le tort de vouloir la mener sous l’égide de Vichy. La libération vint et Carrel fut suspendu de ses fonctions par le secrétaire général à la Santé. Devenu cardiaque, il mourut, âgé de 71 ans, le 5 novembre 1944. Il repose dans l’île de Saint-Gildas, où se trouvait sa propriété de vacances.

Alexander Fleming : un médecin gentleman, sportif et timide

     L’histoire du docteur Alexander Fleming eut été toute autre s’il n’avait pas été sportif. Il choisit en effet d’étudier à l’école de médecine attachée à l’hôpital Saint Mary’s parce que celle-ci avait une équipe de water-polo. Jeune diplômé, il se destinait d’abord à la chirurgie et s’apprêtait à quitter Saint Mary’s quand le docteur John Freeman fit appel à ses compétences et bouscula ses projets. Ce médecin était l’assistant du célèbre bactériologiste Almroth Wright et il voulait reconstituer un « shooting club » (club de tir) à l’hôpital. Ayant appris que Fleming était un tireur d’élite qui avait été formé par les London scottish, il lui demanda de participer à son important projet…Ce qui supposait qu’il accepte de travailler à Saint Mary’s. Fleming se laissa convaincre, abandonna ses projets de chirurgie et accepta alors la place qu’on lui offrit dans le service de bactériologie.

     Dès le premier mois de la guerre, Sir Almoth Wright fut nommé colonel et envoyé avec son équipe en France pour créer un laboratoire et un centre de recherche médical à Boulogne-sur-Mer. En principe, ce centre était attaché à l’hôpital que l’armée anglaise avait créé dans les salles du casino. On installa les bactériologistes dans un affreux sous-sol que traversait un tuyau d’égout malodorant. Chaque matin, à 6 heures, le sergent technicien versait du crésol dans les tuyaux, mais l’odeur ne disparaissant pas, Wright obtint qu’on attribuât aux chercheurs la salle d’escrime qui se trouvait sous les toits du casino. Il fallut toute l’ingéniosité de Fleming pour amener l’eau et le gaz dans cet endroit. Les becs bunsen furent alimentés par de l’alcool à brûler, les incubateurs furent chauffés avec des poêles à pétrole.

     Ma première impression du lieutenant Fleming, dit son sergent technicien, fut celle d’un petit officier pâle, qui ne disait rien de trop, mais faisait tranquillement son travail…Le capitaine Fleming, la première fois que je lui apportai des papiers à signer, était penché sur son microscope. J’attendis respectueusement. Il leva la tête, prit son crayon et, sans me demander un mot d’explication, signa les bons. Souvent je me voyais forcé de lui exposer une situation; il n’avait pas l’air intéressé, mais l’était plus que je ne le croyais. Il enregistrait tout, résolvait le problème en un instant et concluait : « Très bien, sergent; vous pouvez régler ça! »[4]

     Le travail du laboratoire fut intense pendant toute la guerre. Wright, comme Vincent en France, avait fait campagne pour que la vaccination antityphoïde fût rendue obligatoire dans l’armée, mais les blessés posaient d’autres problèmes que devaient résoudre les bactériologistes. Les chirurgiens de l’hôpital leur montraient avec désespoir d’innombrables cas de gangrène : comment attaquer ce mal?

     Fleming examina les plaies fraîches et observa un phénomène remarquable: la phagocytose y était rendue difficile par le fait que les globules blancs peinaient à atteindre les tissus morts que l’on trouvait en abondance dans les plaies par projectile! Son premier conseil fut donc de débrider les plaies, d’enlever le maximum de tissus nécrosés. Il découvrit aussi que les antiseptiques n’empêchaient pas la gangrène mais au contraire semblaient la favoriser. En fait les antiseptiques ne parvenaient pas à diffuser dans les anfractuosités des blessures profondes. Pour prouver ses dires, Fleming eut l’idée de modeler en verre une blessure postiche. Après avoir chauffé au rouge l’extrémité fermée d’un tube d’essai, il en tira des pointes creusées à l’intérieur qui imitaient les anfractuosités d’une plaie. Puis, il emplit le tube d’un sérum préalablement infecté avec des matières fécales. Cela faisait une image schématique, mais assez exacte de la blessure de guerre. Il plaça le tube pendant une nuit dans l’incubateur. Le lendemain, le sérum, envahi par les microbes, était trouble; l’odeur puante. Le tube fut alors vidé du sérum et rempli d’une solution antiseptique assez forte pour tuer les microbes. Au bout de temps variables, Fleming vidait le tube et le remplissait à nouveau de sérum non infecté. Après incubation, ce sérum qui avait été stérile devenait aussi trouble que le premier. Cela prouvait qu’il restait toujours des microbes dans les anfractuosités du tube. Fleming en conclut qu’il n’était pas possible de stériliser une blessure de guerre avec des antiseptiques. La démonstration de Fleming explique pourquoi Wright, dans un premier temps, ne crut pas en l’efficacité de la méthode de Carrel. Dans un deuxième temps, Wright constata par une belle série d’expériences en laboratoire qu’une solution hypertonique favorisait l’exsudation des globules blancs à travers les parois des capillaires pour rejoindre les foyers infectés. Fleming confirma quant à lui qu’une solution de Carrel-Dakin ne gardait son pouvoir bactéricide dans une plaie que durant dix minutes. Le succès de la méthode de Carrel-Dakin s’expliquait plus par le fait que la solution d’hypochlorite était hypertonique que par ses propriétés antiseptiques.

     Wright changea donc de position et devint alors un défenseur du docteur Carrel, notamment devant le président du collège des chirurgiens anglais, le docteur William Watson Cheyne qui ne jurait que par les vieilles méthodes.

     Je partage avec quiconque a eu en France les mêmes expériences que moi, le sentiment que les blessures graves ne sont jamais stérilisées et que, par leur nature, elles ne le seront jamais au moyen des antiseptiques. J’ai donc soutenu qu’il fallait, par des moyens physiologiques aider le corps à combattre l’infection bactérienne. En provoquant un écoulement de lymphe, nous pouvons amener les fluides du sang à agir sur les tissus infectés. Plus nous amèneront du sérum frais, plus nous accélérerons l’émigration des globules blancs, plus nous aiderons à la destruction des microbes infectants…[5]

 

Le pouvoir bactéricide de la solution de Carrel-Dakin

 

     A l’heure actuelle, on peut affirmer que Wright et Fleming avaient trouvé la bonne réponse: les recherches menées ces dernières années sur la cicatrisation ont prouvé qu’une plaie guérit bien si on lui assure une bonne humidification. Georges Winter découvrit en effet en 1962 que la cicatrisation d’une plaie profonde chez un porc est deux fois plus rapide lorsqu’elle est couverte d’un polyéthylène que si elle reste exposée à l’air. Le concept de « cicatrisation dans un environnement humide » est redécouvert : une plaie doit rester dans un environnement humide aussi longtemps que le pansement reste en place. Si une plaie se dessèche, il se forme en effet une croûte et par définition une cicatrice, processus défavorable qu’il faut éviter! On favorise donc la guérison de la plaie en créant un microclimat humide facilitant la migration des globules blancs, des macrophages. L’humidification est donc un facteur plus important dans la guérison d’une plaie que l’ajout d’un produit bactéricide. Ce principe a conduit au développement de nouveaux pansements à base d’hydrocolloides et d’alginates qui absorbent l’exsudat d’une plaie « sans pour autant assécher celle-ci! » Ce type de nouveau pansement a entraîné, au début de ce XXIème siècle, une véritable amélioration des soins apportés aux plaies, brûlures et ulcères.

 

     Le combat de Wright fut d’essayer de convaincre l’administration militaire qu’il fallait s’opposer à l’évacuation rapide des blessés vers l’Angleterre car la fatigue du voyage les rendait inaptes à subir des opérations. Il valait donc mieux les hospitaliser non loin du front. La réaction des autorités fut hostile et violente : le Directeur général des services médicaux, Sir Arthur Sloggett demanda vainement que Wright fût rappelé en Angleterre et s’en tienne à ses travaux de laboratoire! Wright trouva d’ardents défenseurs et, parmi eux, le célèbre auteur George Bernard Shaw. Ces deux là pouvaient passer des heures en discutant de philosophie et de médecine. Un soir, tandis qu’ils parlaient, la pièce se remplit de fumée. Tandis que chacun s’évertuait à trouver la cause de l’incident, Shaw et Wright, impassibles, continuaient leur discussion!

     Wright et Fleming avaient un flegme britannique qui impressionnait leurs collègues français. Un jour, des médecins généraux français les surprirent en train de se livrer à un match de lutte. Ils bondirent aussitôt sur leurs pieds et entamèrent la discussion scientifique avec les illustres visiteurs! Décidément, ce petit groupe de savants n’était pas très conforme aux conventions militaires! Le dimanche, Fleming et ses amis allaient jouer au golf à Wimereux. Fleming prenait grand plaisir, quand la dune le cachait des regards, à aller déposer dans le trou la balle d’un colonel assez pompeux. Il observait ensuite avec plaisir la victime de son tour, triomphant d’avoir réussi un trou si difficile en une fois!

     En 1918, le n° 8 Stationary Hospital, fut établi à Wimereux. C’était un hôpital spécial, dédié aux fractures compliquées du fémur. On devait y faire une étude particulière de la gangrène gazeuse. Fleming y fut nommé chef du laboratoire et continua l’étude des antiseptiques et du traitement salin. Il pratiqua aussi des transfusions et en perfectionna la méthode! La nuit, pour se maintenir en forme, Fleming jouait au golf dans la prairie derrière son laboratoire: il avait aménagé deux trous éclairés par des chandelles!

     Lorsque la grande épidémie de grippe occupa tous les médecins, Fleming dut lui-même aider au transport des morts vers le cimetière improvisé. Il autopsiait les victimes et faisait de nombreux prélèvements. Il put prouver ainsi que le microbe qui causait la grippe n’était pas le bacille de Pfeiffer… L’image que je conserve de Fleming, raconta son sergent technicien, est celle d’un petit officier R. A. M. C., portant une boîte remplie de pipettes, de plasticine, de fils de platine et d’une lampe à alcool, debout par un froid matin d’hiver, glace et neige tout autour, sous une tente que chauffait un brasero et où je faisais une autopsie sur une table tandis qu’un autre cadavre attendait sur une seconde table. Nous en avions autopsié six, ce matin-là! C’était le jour de Noël et, le capitaine Fleming prélevait, sur chacun des corps, des spécimens.[6]

Après la guerre, Fleming reprit son poste de chercheur et continua ses recherches sur les antiseptiques. En 1919, il donna une conférence qui réactualisait les connaissances dans ce domaine. Il y eut, dit-il, deux écoles pour le traitement des blessures pendant la guerre: l’école physiologique, qui concentrait ses efforts sur l’aide aux agents naturels de protection du corps, et l’école antiseptique dont le but était de tuer les microbes dans les blessures au moyen de quelque agent chimique[7].

     Il expliquait alors pourquoi Wright et lui-même faisait partie de la première école! Bien entendu, si Fleming appartenait à la première école, il aurait voulu cependant trouver, comme Paul Ehrlich l’avait fait pour la syphilis, le traitement magique, mortel pour les envahisseurs et inoffensif pour le corps humain.

     Fleming fit, dans les mois qui suivirent, une belle découverte: un jour où il était enrhumé, il avait déposé un peu de son mucus nasal au centre d’une boîte de Petri. Il fut surpris de constater qu’aucune colonie bactérienne ne se développait à l’endroit où le mucus avait été déposé. Il refit l’expérience, cette fois avec un tube contenant un liquide rendu opaque par des bactéries. Après dépôt du mucus, le liquide s’éclaircissait. La même expérience fut répétée avec des larmes et le résultat fut tout aussi significatif. Il y avait dans les secrétions humaines des substances bactéricides! Pour continuer ses expériences sur les larmes, tous les visiteurs se voyaient mis à contribution ! Les techniciens de son laboratoire arrivaient à fournir des larmes abondantes après avoir pressé dans leurs yeux un peu d’écorce de citron. Pour ce supplice, ils touchaient chaque fois trois pence!

     Cette substance antiseptique fut baptisée « lysozyme ». La découverte de Fleming était importante mais malheureusement le lysozyme n’avait qu’une action très faible sur les microbes pathogènes. Fleming suspecta cependant que cette inefficacité contre les microbes pathogènes provenait du fait que le lysozyme était en concentration insuffisante. Il émit l’hypothèse que si l’on pouvait augmenter la teneur en lysozyme, on pourrait peut-être arrêter le développement des microbes pathogènes. Fleming fit part de sa découverte et des espoirs entraînés par celle-ci au Medical Research Club mais l’accueil fut incroyablement froid. Il faut dire que Fleming avec son caractère introverti n’était pas un orateur fort brillant.

Il fit aussi d’autres découvertes et constata notamment qu’une injection intraveineuse de sel hypertonique augmentait le pouvoir bactéricide du sang! Quelques essais d’injections de sel en intraveineux furent alors tentés sur des malades qui étaient considérés comme des cas désespérés. Malgré des résultats encourageants, les médecins abandonnèrent ce traitement qui n’était pas dénué de risque!

     Le laboratoire de Fleming était toujours encombré et obscur. Des piles de boîtes de culture y étaient entassées dans un grand désordre mais il savait retrouver celle qu’il recherchait !

En 1922, écrit le docteur Allison, j’entrai à Saint Mary’s pour travailler au laboratoire avec Fleming. Tout de suite, il me plaisanta sur ma propreté méticuleuse. Chaque soir, je mettais ma « paillasse » en ordre et jetais ce qui ne pouvait plus servir. Fleming me dit que j’étais bien trop soigneux. Il gardait, lui, ses cultures deux ou trois semaines et, avant de les éliminer, les regardait avec attention pour voir si par hasard un phénomène inattendu et intéressant ne s’était pas produit. La suite de l’histoire prouva qu’il avait raison et que s’il avait été aussi soigneux que moi, il n’aurait probablement rien trouvé de neuf![8]

     Il étudiait toujours les antiseptiques et était arrivé à la conclusion qu’il serait impossible de trouver une solution miracle qui tuerait toutes les sortes de microbes car, d’après lui, chaque antiseptique montrait des affinités pour certaines bactéries spécifiques. Ces constations d’apparence simple constituaient cependant de véritables avancées en microbiologie. Dans le fouillis de son laboratoire, Fleming constata un jour que des boites de Petri étaient contaminées par des moisissures. Dans les boites contaminées, il eut l’immense surprise de constater que les colonies de staphylocoques se dissolvaient! La moisissure était un penicillium. Fleming abandonna alors l’étude qu’il faisait sur le mercurochrome pour se pencher sur la moisissure. On la cultiva dans du bouillon de viande à 20 degrés et on en obtint chaque jour deux à trois Centimètres cubes. Le jus de pénicillium était vraiment miraculeux car non seulement il tuait les staphylocoques mais il ne semblait posséder aucune toxicité: un centimètre cube injecté dans le péritoine d’une souris de 20 grammes ne produisant aucun symptôme toxique! Il y avait cependant un problème important à résoudre car le produit était très instable et perdait ses propriétés après quelques jours! Il fallait donc extraire le produit actif pour le préserver de la destruction enzymatique qui se produisait dans le jus! Deux collègues de Fleming, Frederick Ridley et Stuart Craddock, s’improvisèrent chimistes et essayèrent d’extraire la pénicilline du bouillon au moyen de l’évaporation par le vide. Mais le produit obtenu ne se conservait que pendant une semaine! On abandonna alors l’espoir d’obtenir un produit utilisable en médecine. Le 13 février 1929, Fleming lut à ce sujet au Medical Research Club, une note qui, à sa grande déception, ne fit même pas l’objet d’une question de la part des auditeurs. Cela ne l’empêcha pas de publier un article de sa découverte dans le Journal britannique de pathologie expérimentale, en juin 1929.Il continua aussi ses essais d’application locale de pénicilline sur des plaies. En 1931, au Royal Dental Hospital, il réaffirma ses idées, et 1932, il donna les résultats des essais effectués sur les plaies. Deux ans plus tard, un autre collègue de Fleming, le docteur Holt essaya à nouveau de purifier la substance mais il dut à son tour renoncer après de nombreux essais! Fleming continua cependant à croire en sa pénicilline, tout en gardant son flegme caractéristique.

     Les sports étaient à l’honneur à l’hôpital Saint Mary qui comptait plus de cinq équipes de rugby. Fleming ne manquait jamais d’assister à la finale de la coupe de même qu’il assistait dans la magnifique piscine de l’institution aux coupes de natation et de water-polo! Il connut des moments particulièrement durs avec la mort de son frère John. Ils avaient assisté ensemble à un match un jour où il faisait froid et venteux. Le lendemain son frère était atteint par une pneumonie et il en mourut quelques jours après. Deux ans auparavant, il avait été sauvé de la même maladie par un sérum antipneumoccique qui cette fois s’était révélé inefficace! Fleming pensa certainement à la pénicilline qu’il ne pouvait pas encore employer et qui aurait pu sauver son frère. Peu de temps après, le monde médical éprouva un véritable enthousiasme quand Gerhard Domagk annonça en 1935 la découverte du prontosil, ce colorant rouge qui pouvait lutter contre les streptocoques. Fleming apprit par après que des chercheurs de l’Institut Pasteur de Paris avaient isolé dans le prontosil la seule molécule agissante: il s’agissait du para-amino-phenyl-sulfamide. Le prontosil avait été breveté par la firme Bayer alors que le produit actif, le sulfamide 1162, pouvait être fabriqué librement par n’importe qui. Bientôt, on l’employa partout et son usage fit baisser la mortalité de la fièvre puerpérale à Londres. En 1936, le taux de mortalité qui était de 20% put descendre à 4,7%. On pouvait dire que la chimiothérapie antibactérienne était enfin née! Bientôt le sulfamide (1162 F) fut reconnu comme étant efficace contre le streptocoque, le méningocoque, le pneumocoque et le gonocoque. La mortalité de la méningite tomba de 30 à 3%. Pour la blennorragie, la guérison s’obtenait en dix jours. Malheureusement avec l’emploi des sulfamides apparurent des souches microbiennes résistantes. Fleming continua à penser que si les sulfamidés étaient un grand progrès, sa pénicilline leur serait supérieure en efficacité. Dans une série de communications à la Royal Society of Medicine, il démontra trois faits. Premièrement les sulfamidés restaient sans action sur toute une série de microbes. Par ailleurs, si les microbes sensibles étaient en nombre trop important, les sulfamidés restaient inactifs et enfin leur action était essentiellement bactériostatique, c’est-à-dire qu’ils arrêtaient la multiplication des bactéries sans les tuer et donc sans action bactéricide! En 1936, Fleming reparla de la pénicilline au second congrès international de microbiologie mais l’intérêt des auditeurs n’était pas au rendez-vous.

     Fleming était original et aimait son métier. Il se divertissait en créant des dessins colorés sur des buvards imprégnés de gélose: le staphylocoque cultivé donnait des colonies jaunes, le bacille prodigiosus des colonies rouges, le bacillus violaceus des colonies bleues. Fleming arrivait à représenter une danseuse, un grenadier ou même un drapeau de l’Union Jack qu’il présenta à la reine Mary lorsqu’elle vint visiter son laboratoire. Pendant que Fleming voyait poindre doucement la fin de sa carrière, en 1939, deux jeunes chercheurs d’Oxford, Howard Florey et Ernst .Boris Chain reçurent une subvention importante de la fondation Rockefeller afin de continuer des recherches sur plusieurs substances antibactériennes, dont la pénicilline. Chain eut alors l’idée de purifier le jus de pénicillium au moyen d’une nouvelle technologie: la lyophilisation. Le principe en était simple: en congelant des substances puis en les faisant passer à l’état gazeux directement en diminuant la pression régnant dans le bocal, on pouvait arriver à un concentré qui n’avait pas été dénaturé par la chaleur. Ayant maintenant une pénicilline purifiée, Chain la testa sur la souris et à sa grande joie constata qu’aucune manifestation toxique ne se produisait. Un peu plus tard, on refit une expérience cruciale : le 25 mai 1940, des souris infectées par le clostridium septicum furent guéries par la pénicilline. L’équipe d’Oxford reconsidéra soudainement tout l’intérêt de cette substance, au moment même où l’armée anglaise se repliait sur Dunkerke! Elle rédigea un compte rendu dans la célèbre revue médicale « The Lancet ». Ayant pris connaissance de la publication, Fleming rendit aussitôt visite à Chain et Florey, qui eurent la surprise de leur vie car ils croyaient le découvreur de la pénicilline décédé. Cette rencontre prodigieuse accéléra évidemment les recherches, mais il aurait fallu des milliers de litres de culture pour fournir le médicament aux hôpitaux. Pendant que Chain développait la culture du pénicillium avec les moyens du bord, Florey partit en juin 1941 aux Etats-Unis avec une souche de pénicillium, afin de tenter de trouver une technologie adaptée à la production massive de pénicilline. Florey trouva la solution au Northern Regional Research Laboratory à Peoria. Ce laboratoire possédait une quantité énorme de « Corn Steep liquor », sous-produit de la fabrication d’amidon à partir du maïs. Cette substance s’était révélée être un excellent milieu de culture, permettant des rendements vingt fois supérieurs à ceux obtenus à Oxford. Les chercheurs américains améliorèrent encore les performances de la culture du pénicillium en recherchant une souche de pénicillium plus productive. A cette fin, ils chargèrent une jeune femme, bientôt connue sous le nom de Mouldy Mary (Marie Moisie) de récolter sur les marchés tout ce qui était moisi! Un jour de 1943, elle rapporta un penicillium chrysogenum au rendement exceptionnel,qui poussait sur un cantaloup pourri! Quand Florey quitta l’Amérique pour rejoindre Oxford, il emporta la promesse de deux maisons américaines qui s’était engagées à produire dix mille litres de pénicilline chacune ! Il retrouva Chain qui n’avait pas perdu son temps: les méthodes d’extraction avaient été perfectionnées et une véritable usine grandissait sous la direction du docteur Sanders. Des jeunes filles qu’on appelait les « Penicillin girls » y travaillaient et surveillaient les cultures très fragiles qui devaient être à l’abri de la poussière sous peine d’être contaminées par une bactérie étrangère! Malgré toutes les difficultés, un petit stock de pénicilline purifiée commença à être disponible. Les premiers blessés à être traités furent des pilotes de la R.A.F., gravement brûlés en défendant Londres. Puis l’équipe d’Oxford envoya au docteur Pulvertaft un paquet de pénicilline pour traiter les blessés de l’armée du désert en Egypte.

     Fleming fut amené lui-même à faire son premier essai thérapeutique sur un de ses amis hospitalisé à Saint Mary pour une méningite. Il put obtenir de Florey un peu de pénicilline et en 24 heures, l’amélioration fut très nette. Comme le cas était très grave, Fleming injecta la pénicilline par ponction lombaire. Ce fut une première et le patient guérit complètement. En Amérique, la production massive de la pénicilline avait pris du retard. L’une des firmes qui fit un grand effort fut celle de Charles Pfizer. De nouveaux procédés furent cependant trouvés pour améliorer le rendement notamment la mise au point d’un processus qui permit la fermentation profonde dans de grandes cuves. Bien entendu, certains envisagèrent de breveter leurs procédés de fabrication mais les médecins anglais répliquèrent que s’ils brevetaient leurs procédés, ils exigeraient le double du montant réclamé pour l’utilisation de la pénicilline qui avait été découverte en Angleterre. La pénicilline demeura ainsi libre de tout brevet et de tout droit! En 1943, les usines commencèrent à produire des quantités relativement importantes de pénicilline qui purent être envoyés aux armées alliées d’Afrique qui venaient de remporter la victoire au cap Bon. Les blessures de cette campagne étaient particulièrement difficiles à traiter, avec la contamination importante amenée par les mouches très nombreuses.

La gloire commença à s’emparer alors de Fleming qui fut élu cette année 1943 « Fellow of the Royal Society », la plus ancienne société scientifique britannique. En 1944, les autorités militaires autorisèrent l’emploi de la pénicilline pour les malades civils. En juillet de la même année, Fleming fut anobli et devint « Sir Fleming », en même temps que son épouse devenait « Lady Fleming ». Peu de temps après, Paris et Bruxelles furent libérés et le 4 septembre 1944, Fleming écrivit une lettre émouvante à son ami le professeur belge Henri Bordet: Mon cher professeur Bordet, c’est vraiment une très grande nouvelle que nous avons apprise aujourd’hui. Enfin les Allemands ont quitté Bruxelles, et vous êtes affranchis de la tyrannie nazie. Tous les bactériologistes anglais espèrent que vous, l’un des pères de cette science, avez traversé les années de tristesse d’un cœur vaillant et que vous avez devant vous de longues années d’un travail fructueux. Nous nous réjouissons de votre libération, si longtemps attendue…

     Durant l’été 1945, Fleming fit une tournée triomphale aux Etats-Unis, durant laquelle il reçut de la part des grandes maisons américaines de produits chimiques une somme de cent mille dollars en témoignage de gratitude. Fleming alloua cette somme au service scientifique de l’hôpital Saint Mary et créa un fonds Alexander Fleming au bénéfice des chercheurs. Au cours de ce voyage, il apprit qu’un Américain, le docteur Romansky, avait mis au point une pénicilline-retard (sels de calcium de pénicilline mélangés avec de la cire d’abeille et de l’huile de cacahuète) qui ne rendait plus nécessaire l’injection de la pénicilline toutes les trois heures.

     Après la tournée aux Etats-Unis, Fleming fut reçu en héros à Paris et à Bruxelles. L’apothéose vint le 25 octobre 1945, quand il apprit qu’il avait obtenu, avec Chain et Florey, le prix Nobel de Médecine! Fleming conserva durant ces années une grande humilité. Jamais il ne donnait à ses collègues seniors ou juniors l’impression qu’ils travaillaient sous ses ordres mais bien celle qu’ils travaillaient avec lui! Beaucoup de recherches étaient inspirées par lui. Il fallait insister pour qu’il appose sa signature aux communications réservées à la publication et quand il acceptait de le faire, c’était à la condition de mettre son nom en dernier.

     Fleming eut le grand chagrin de perdre son épouse qui avait partagé 33 ans de sa vie, le 22 novembre 1949. Pour garder courage, il s’efforça de continuer ses recherches. En 1950, la fête organisée à Bruxelles pour les 80 ans de son ami Bordet fut pour lui un moment de grande joie. En avril 1953, Fleming se remaria avec une bactériologiste, le docteur Amalia Koutsouri-Voureka. Leur bonheur fut de courte durée puisque le 11 mars 1954, Fleming décéda d’un infarctus. Il fut enterré dans la crypte de Saint-Paul, honneur réservé à quelques illustres Anglais comme Nelson et Wellington! Son ami, le docteur C.A. Pannett prononça l’éloge funèbre en terminant par ces phrases:

     Son choix d’une profession, puis d’un hôpital; son passage à la bactériologie; sa rencontre avec Almorth Wright; la nature du travail qu’il fit chez celui-ci; l’effet inattendu d’une larme; la chute imprévisible d’une spore, non, tous ces évènements n’étaient sûrement pas dus à la seule chance. Nous pouvons voir à chaque tournant le doigt de Dieu montrant la direction que devait prendre cette carrière![9]

     La découverte de la pénicilline ne fut pas seulement féconde en elle-même, elle amena les savants à se demander si d’autres champignons que le pénicillum notatum n’étaient pas capables de fabriquer des antibiotiques. Dès 1945, la réponse fut fournie par Selman A. Waksman, qui à partir d’un champignon nommé streptomyces isola une substance qu’il nomma streptomycine et qui avait la propriété remarquable d’être active contre le bacille de la tuberculose!

 

 



[1] Docteur Robert Soupault, « Alexis Carrel », page 120, Edition Plon, Paris, 1952.

[2] Docteur Robert Soupault, « Alexis Carrel », page 121, Plon, 1952.

[3] « Archives de médecine et de pharmacie militaire », T.LXXXV, pp 489-498.

[4] André Maurois, « La vie de sir Alexander Fleming », page 86, Librairies Hachette, 1959.

[5] André Maurois, La vie de Sir Alexander Fleming, Librairie Hachette, 1959, p. 93.

[6] Idem, p. 100 et 101.

[7] Idem, p. 113.

[8] Idem, p. 114.

[9] Idem, p. 306.



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