Médecins de la Grande Guerre
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Pierre Sellier, devint célèbre grâce à son clairon…
Un fils de Beaucourt Naît le 8 novembre 1892 à Beaucourt dans
le département du Haut-Rhin. La ville compte de nombreuses entreprises
d’horlogerie, de moteurs de machine à écrire et durant la Première Guerre
mondiale c’est elle qui fabriquera les casques Adrian. La ville compte 13
usines et plus de six mille salariés. Le père de Pierre sera l’un d’entre eux,
travaillant dans une usine électrique. Il perdra son épouse quand Pierre avait
sept ans. Le garçon est alors mis au travail rapidement, à l’âge de 12 ans, on
le retrouve dans l’usine Japy. Pierre est incorporé à l’armée le 8 octobre 1913
dans le 172ème régiment d’infanterie à Belfort. Un soldat courageux qui vit tous les champs de bataille ! Après la déclaration de la guerre,
Pierre sellier est blessé dans les premiers jours d’engagement de son régiment
au Bois d’Ailly (Meuse). Un éclat de grenade s’est fiché dans sa jambe gauche.
De retour après quatre mois, il est nommé clairon. On le retrouve en septembre 1915
participant à l‘offensive de champagne à l’assaut de la butte de Souain. C’est une véritable hécatombe pour le 171ème
RI qu’il faut regarnir. Pierre et plusieurs de ses camarades du 172ème
sont alors mutés au 171ème pour
regarnir ses rangs. En juin 1916, le régiment de Pierre se
retrouve sur le champ de bataille de Verdun. Le 24 juin, le 171ème
lance une offensive sur le fort de Vaux. En moins d’une heure, deux bataillons
perdent la moitié de leurs effectifs. Le 27 juin, le régiment est relevé ayant
perdu 2/3 de son effectif (130 tués, 196 disparus, 716 blessés). Pierre sellier
échappe à l’hécatombe. En septembre 1916, Pierre et son
régiment sont sur la Somme près de Bouchavesnes à la
ferme du Bois Labbe. Le 20 septembre, le régiment doit faire face à une attaque
aux lances flammes mais tient bon. Le 25 septembre, Pierre est blessé par un
éclat à la main gauche et doit être évacué. En avril 17, on retrouve Pierre au
chemin des dames dans la région d’Ostel. Il est
blessé cette fois au genou le 2 mai mais la blessure ne semble pas grave. Le
régiment se fait remarquer par un assaut le 5 mai 17 où 450 ennemis sont faits
prisonniers. En mars 18, Pierre est sur la Somme. Les
Allemands lancent leur dernière offensive. Le 3 avril le régiment comptabilise
535 tués ou blessés ! Fin avril 1918, le régiment est en
Lorraine. Pierre est à nouveau blessé par un éclat à la tête lors d’une mission
de liaison ce qui lui vaut une nouvelle citation. Le 5 mai, il est nommé
caporal-clairon. Juin 1918, le régiment relève les
Américains près de Montdidier et effectue alors
plusieurs reconnaissances pour reconnaître le dispositif ennemi avant de
s’élancer à la conquête du village de Framicourt. Le
régiment passe ensuite en deuxième ligne mais il est obligé de supporter le
bruit de la centaine de pièces de l’artillerie française. Les jours passés en
attente dans de telles conditions conduisent les hommes à l’épuisement par
manque de sommeil. Un jeune soldat de la classe 18 se suicide, un autre qui
délire doit être évacué. Enfin, fin août
1918, le régiment se lance à la poursuite des Allemands qui se replient
toujours plus à l’est. Le Régiment combat pour la reprise de Saint-Quentin puis
continue son avancée au nord jusque Montigny. Un soldat qui se fit un nom en « claironnant » la fin de la
guerre en France et en Belgique ! Après une période de repos, le Régiment
remonte plus au nord dans la région de Guise et de là marche vers La Capelle où
Pierre se fera un nom. L’histoire veut en effet que c’est par
la route Fourmies-La-Capelle que doivent se rendre les plénipotentiaires
Allemands en route vers Rethondes où auront lieu les négociations de
l’armistice. Les voitures allemandes arrivent aux avants-postes
français à La Pierre d’Haudroy (commune de La
Flamengrie) le 7 novembre 1918. Elles sont
accueillies par le capitaine Huillier qui commande un
des bataillons du Régiment. Le capitaine décide de conduire la délégation d’abord
chez l’officier qui commande les avant-postes. Pour ce faire, il monte dans la
voiture de tête tout en donnant l’ordre à son clairon, Pierre Sellier de sonner
le premier « Cessez le feu » avant que les voitures ne redémarrent. Sellier
monte alors sur le marche pied de la première voiture
et sonne le « Garde à vous » suivi des refrains des chants d’unité
des régiments de sa division. Cette première sonnerie entraîna celles des
unités voisines et se répercuta sur une longue partie du front.
Le monument de la Pierre d’Haudroy (commune de Flamengrie) aujourd’hui. En 2018, il y fut célébré le centenaire de l’armistice
Le passage des plénipotentiaires a
ralenti les opérations militaires mais cette phase terminée, les combats
reprennent en direction du village de Beauwelz du
côté belge qui sera libéré le 9 novembre et occupé par le 171ème. Ce
serait là, à Bauwelz le 11 novembre à 11 heures que
le clairon Sellier sonne à nouveau le cessez-le-feu cette fois définitif. Le
village inaugurera un monument à la mémoire de cette sonnerie le 9 novembre 1918.
La monument de Bauwelz avec sa plaque commémorant Pierre Sellier
Curieusement, le village se souvient aussi de la Brigade Piron avec ce canon qui lui a appartenu Mais Sellier n’en a pas fini avec la
guerre. Son régiment traverse la Belgique pour tenir garnison à
Aix-la-Chapelle. Le 5 février 1919, il est cité à l’ordre de son
régiment : « Excellent gradé, brave et
dynamique, chargé, lors des récentes offensives d'août à novembre 1918, de
ravitailler en munitions les unités de son bataillon, a accompli sa mission
d'une façon parfaite même dans les moments les plus difficiles sous les tirs
d'artillerie et des mitrailleuses ennemies. Le 7 novembre 1918, se trouvant en
première ligne au moment de l'arrivée des parlementaires allemands, a été
désigné par son chef de bataillon pour accompagner, sur une automobile du
cortège des parlementaires jusqu’ La Capelle et exécuter les sonneries
parlementaires » (citation 873). En juin 1919, le régiment occupe Düsseldorf.
Le 25 août, Pierre Sellier est enfin démobilisé. Le 30 mars il épouse Marie Mouhay et le couple s’installe à Beaucourt où Pierre
retrouve du travail aux Etablissements Japy Frères. Pierre restera un musicien passionné et
fera notamment partie de l’Harmonie de Sochaux. Sa vie sociale est alors bien
remplie comme le prouve plus de 219 articles de presse que l’on peut retrouver
dans les données de la bibliothèque nationale de France. Pierre est alors
considéré comme « le clairon de la victoire ». L’Union
nationale des Combattants va insister pour que Pierre soit décoré de la Légion
d’Honneur. Cette société convainc le journal l’Intransigeant à consacrer
8 articles au monument de la Pierre d’Haudroy
et donc à Pierre Sellier. Finalement, Pierre recevra sa décoration le 18
février 1926 ce qui fera à nouveau l’objet d’articles de presse. Il fait à
cette occasion don de son clairon au musée de l’Armée qu’il avait pu emporter
en échange d’un clairon de remplacement. Pierre refusa de vendre son célèbre clairon
malgré des propositions alléchantes et donc décida qu’il devait rester à la
France. C’est le journal l’Intransigeant qui se fit un honneur de remettre le
précieux instrument au général Mariaux, gouverneur des Invalides pour être
entreposé dans une des plus belles vitrines du Musée de l’Armée. A Fourmies, un clairon allemand aurait
lancé la première sonnerie dans le camp ennemi lors du passage des
plénipotentiaires. Il s’agit du Maréchal des Logis Zobrowski
du deuxième Régiment des Uhlans. Il acquit lui aussi une certaine célébrité.
Après la guerre, Il rentra en contact avec Pierre Sellier pour lui proposer de
sonner ensemble à la Pierre d’Hauroy en 1935. Pierre
refusa. Zobrowski remettra sa trompette en cadeau au
chancelier Hitler à l’occasion de son 50ème anniversaire, en janvier
1940 ! Sellier refuse les grandes tournées mais
restera fort actif dans les commémorations nationales. Chaque année il
participe à la cérémonie du souvenir à La Pierre d’ Haudroy
qui restera longtemps un grand lieu de commémoration pour les Poilus qu’en
1935, le journal « La croix » mentionne plus de 50.000
participants pour la cérémonie du 11 novembre qui s’y déroula.
D’un bloc de granit sortent deux mains tenant un glaive derrière lequel est inscrit sur fond rouge : « 1918 / 7 novembre / 20 heures 20 / Ici triompha la ténacité du Poilu. » Une phrase qui résume bien la volonté de marquer dans l’espace un instant qui changea le cours de la guerre pour les soldats français et l’espoir de millions de combattants de mettre fin au conflit. Inauguré en novembre 1925, grâce à une souscription réalisée auprès d’Anciens combattants, des centaines d’entre eux seront présents ensuite chaque année pour commémorer le cessez-le-feu. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, le monument reçoit le même sort que les monuments de la clairière de l’Armistice en forêt de Compiègne. Il est dynamité par l’occupant nazi en 1940. Le monument sera reconstruit à l’identique après-guerre. On retrouve donc Pierre Sellier à de
nombreux autres évènements partout en France et même en Algérie. Il participa
aussi à une tournée triomphale en suisse en accompagnant le film « La
grande épreuve », dans lequel il jouait son propre rôle, dans les
villes suisses où il fut acclamé follement.
Pierre en tout cas est fort sollicité et
l’American Légion lui propose une tournée aux Etats-Unis qu’il refusera
par modestie, dit-on. En tout cas, Monsieur Quantin,
chef de cabinet du préfet est bien persuadé de la modestie du héros comme on
peut le constater dans le discours qu’il prononça lors des funérailles du
« Clairon de l’Armistice ». « II nous cite sa vie en exemple
: bon Français, grand patriote il remplit sa mission, son devoir, et une tâche
qui ne fut confiée qu'à un seul homme, tout cela sans éclat et sans orgueil.
Enfant de Beaucourt, sa noble tâche terminée, il n'aspire qu'à une chose :
rentrer dans son pays natal, au milieu des siens et de sa famille. Humblement,
il rentre dans le rang et reprend tout naturellement son emploi, aux
Etablissements Japy frères. Ce mépris des honneurs, et cet amour de la
simplicité lui ont donné quelque chose de noble et de grand. » A noter que malgré sa modestie, Pierre
sera représenté sur le vitrail de la façade du temple de l’église Réformée de
Château-Thierry, monument à la mémoire des soldats américains et sera souvent
présent sur les ondes radio et même sur des disques Columbia où l’on retrouve
quelques notes de son clairon.
Les mécontents de la célébrité de Clairon
Sellier ! Bien entendu, il y eut des mécontents de
la célébrité du Clairon Sellier. Voici par exemple la lettre de Monsieur Pierre
Corneille, représentant de commerce à Lamballe envoyée au journal « L’humanité »
qui la publiera le 2 février 1928. Monsieur Corneille y compare deux extraits
d’article parus le même jour dans un journal. Premier extrait : Le Clairon de l‘Armistice
reçoit la Légion d’Honneur. Paris, 11 février – Une imposante
cérémonie militaire s'est déroulée, à 14 heures, dans la cour d'honneur des
Invalides, en présence d'une foule considérable. Le général Debeney, chef
d'état-major général de l'armée, a remis au caporal-clairon Sellier, qui, le 11
novembre 1918, sonna la cessation des hostilités, la croix de la Légion
d'honneur. [ ... ] » Deuxième extrait : On a décore une nouvelle
victime des rayons X M. Henri Bourdon, amputé de plusieurs
doigts a dû subir en outre l'ablation d'un rein. Hier, à 16 heures, dans le
petit bureau de M. Myey, directeur de l'hôpital
Saint-Louis, M. Louis Mourier, directeur général de l’Assistance publique,
informé de l'état de M. Bourbon, remettait à celui-ci la médaille d'argent de
I' Assistance publique. « Eh quoi» s'écrie M. Pierre Corneille, »
On mobilise un état-major, on assemble une foule considérable, dans un décor
historique pour décorer pompeusement un instrument d'où ne sortit, en somme,
que du vent ! « Pendant ce temps-là, dans le
« petit bureau » d'un hôpital, on remet confidentiellement à un
véritable héros une récompense dérisoire. Henri Bourdon a organisé le
laboratoire de Saint-Louis, assuré le service de radiologie pendant la guerre
et il a déjà perdu à ce jeu plusieurs doigts et un rein ... et çà ne fait que commencer. Alors, on lui offre
une médaille d’argent qui représente un troisième prix d'harmonie pour un
orphéon de province ... » On comprend monsieur Corneille révolté
du peu de récompense des médecins et infirmiers souffrant de la maladie des
rayons acquise durant les radiographies qu’ils effectuaient durant la guerre.
M. Henri Bourdon, préparateur en radiographie (à l'hôpital St Louis, victime des rayons X, décoré de la médaille d'argent de l'Assistance publique.
La deuxième guerre Pierre est affecté au 7ème
bataillon d’ouvrier d’artillerie. Il aurait après la défaite rejoint la
résistance en ayant eu soin de faire sauter un transformateur pour priver de
courant électrique l’usine Japy qui fabriquait des alternateurs destinés
aux Allemands. Il rejoint ensuite le maquis de Lomont en septembre 1944. Lors
de la jonction des maquisards avec l’armée de Lattre de Tassigny, il aurait
signé un engagement au 3ème Régiment de Tirailleurs algériens avec
lequel il participa à plusieurs combats à l’âge de 52 ans. Mais Pierre resta
toujours discret sur cette participation. Pierre Sellier mourut le 16 mai 1949 et ses
obsèques furent solennelles.
Conclusion Pour
une majorité des combattants, l’armistice fut avant tout associé à un son,
celui d’une sonnerie ! Celui qui
joua cette sonnerie, un courageux combattant nommé Pierre Sellier, fut vite appelé
par beaucoup le Clairon de l’Armistice, symbole de la paix retrouvée. Il est
commémoré par deux monuments, l’un en France, l’autre en Belgique. Aujourd’hui, des millions d’êtres humains sont
toujours en attente du clairon qui sonnera la fin des hostilités entre la
Russie et l’Ukraine ! Dr Loodts Patrick Biographie La source principale de cet article est le
livre très documenté de Damien Charlier et Eva Renucci,
Pierre Sellier, le clairon de l’armistice, Collection : Des faits
et des hommes, Le livre d’histoire, 170 pages, Paris, 2019.
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